Dans son dernier livre, L’Extinction des vaches de mer, Adèle Rosenfeld se plonge avec passion dans le mystère des espèces disparues. En utilisant la mort de son grand-père comme toile de fond, elle tisse un récit qui évoque non seulement la disparition tragique de ce mammifère marin en 1768, mais aussi celle des souvenirs et des vies qui nous entourent. Après le succès de son ouvrage précédent, Les méduses n’ont pas d’oreilles, elle continue d’explorer la complexité de l’existence humaine confrontée à l’oubli et à la perte.
La rhytine de Steller, dévoilée par le botaniste Georg Steller lors d’une expédition au Kamtchatka en 1741, représente le cas emblématique d’une disparition rapide et silencieuse. Au fil des pages, Rosenfeld nous invite à réfléchir sur le temps écoulé entre la découverte d'une espèce et sa disparition. Ce phénomène soulève des questions cruciales sur notre mémoire collective et la façon dont nous préservons l’héritage des êtres disparus.
Notamment, elle explore le travail de Ben Novak, qui aspire à ramener de telles espèces à la vie grâce à la dé-extinction. Son initiative suscite un débat fascinant : peut-on vraiment restaurer ce qui est perdu, à l’aide de la biotechnologie? En parallèle, Rosenfeld aborde avec sensibilité la transmission de la mémoire familiale face à l'évanouissement des générations. Chaque décès, chaque extinction, est une part de notre histoire qui s'efface, laissant derrière elle un vide difficile à combler.
Les réflexions sur l’invisibilité de ces pertes, étayées par la pensée du philosophe Vladimir Jankélévitch sur le "scandale de la disparition", font écho à nos propres angoisses face à l'oubli. Rosenfeld réussit à transformer des thèmes lourds en une exploration littéraire poétique et profondément émotive, touchant un large public en quête de sens dans un monde où tout semble se dérober.
À l'ère de l’urgence environnementale, cet ouvrage constitue une invitation poignante à nous interroger sur ce que nous perdons et sur ce que nous sommes prêts à faire pour préserver notre monde. En confrontant le lecteur à la réalité de notre impact écologique, Rosenfeld nous pousse à racheter notre relation avec la nature et nos proches.







