Yann Le Bris, procureur de la République en Martinique depuis février 2025, évoque les enjeux cruciaux de la transparence dans les affaires de corruption. Ancien procureur à Mayotte, il a marqué son passage par des actions judicieuses contre les infractions à la probité.
Quelles motivations vous ont poussé à vous engager dans la lutte contre les infractions à la probité ?
Rapidement, j'ai perçu une forte demande sociétale pour un traitement rigoureux des questions de probité. La population m'adressait régulièrement des courriers concernant des comportements qu'ils trouvaient choquants, comme des détournements de fonds publics ou des conflits d'intérêts. Parallèlement, des élus d'opposition exprimaient également leur souhait d'un système judiciaire renforcé pour instaurer la transparence.
Comment avez-vous répondu à ces préoccupations ?
Dès que les informations étaient concrètes, j'ai pu initier des actions judiciaires. À Mayotte, grâce à l'engagement de la section de recherche de la gendarmerie, nous avons constitué une cellule dédiée aux infractions à la probité. Notre approche était de concentrer nos efforts sur des cas bien définis, permettant des réponses judiciaires rapides et efficaces, par exemple des peines d'emprisonnement exécutées en quelques mois.
Y a-t-il une différence notable entre les problématiques de corruption à Mayotte et en Martinique ?
Les problématiques à Mayotte étaient souvent visibles et faciles à identifier, comme l’utilisation abusive des fonds publics. En Martinique, la situation est plus complexe, les élus sont généralement entourés de personnels qualifiés, réduisant les erreurs grossières. C'est un atout qui facilite la gestion des ressources publiques.
La Martinique souffre-t-elle de problèmes de corruption ?
Je n’ai pas remarqué un afflux de signalements ici. Les problèmes de corruption semblent plus fréquents dans la sphère privée, notamment entre entreprises, plutôt que dans le secteur public. Cependant, la détection reste cruciale et nécessite une remontée d’informations fiable et dynamique, que ce soit par le biais de lanceurs d’alerte ou de contrôles réguliers.
Les moyens d'enquête du parquet sont-ils suffisants pour aborder ces défis ?
Nous sommes actuellement quinze magistrats, et bien que nous disposions d'une expertise en matière de délinquance financière, le manque d’enquêteurs reste préoccupant. Les dossiers plus simples sont souvent suivis par le parquet de première instance, mais la complexité des affaires requiert un soutien à plus grande échelle.
Comment la montée du narcotrafic influence-t-elle le risque de corruption ?
Certaines régions d’outre-mer connaissent des tensions spécifiques. À Mayotte, par exemple, la lutte contre l'immigration irrégulière expose certains fonctionnaires à des situations de corruption. De même, en Guyane et dans les Antilles, la proximité des routes de la cocaïne pose un risque systémique d’implication des agents portuaires et aéroportuaires dans des affaires louches.







