La phase de développement du futur aéroport, qui s'érigera à Bouyouni d'ici 2036, répond à un besoin identifié par les autorités, mais suscite de vives inquiétudes. Le site choisi, éloigné des côtes et en altitude, a été validé par les ministères concernés pour minimiser les risques naturels et préserver les écosystèmes sensibles, comme l'explique le décret publié au Journal officiel le 17 avril.
La Stratégie fédérale met l'accent sur un investissement de 1,2 milliard d'euros pour concrétiser ce changement, qui ne date pourtant pas d'hier. Des discussions autour d'un nouvel aéroport ont débuté en 2011, exacerbées par les limitations de l'aéroport de Dzaoudzi, dont la piste actuelle de 1.930 mètres ne permet pas aux avions cargo de décoller à pleine charge sans faire d'escale, ce qui retarde les trajets.
Coûts et défis à relever
Initialement, l'extension de l'aéroport de Dzaoudzi semblait être une solution viable, mais en avril 2025, lors d’une visite à Mayotte, le Président Emmanuel Macron a annoncé un virage vers la construction d'un nouvel aéroport. Les raisons évoquées incluent des contraintes géologiques et un développement urbain inadapté à l'agrandissement de Dzaoudzi, qui est situé entre des zones urbaines et un lagon fragile, que l'île souhaite voir inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO.
Par ailleurs, les menaces sismiques liées à la récente activité volcanique dans la région ne facilitent pas les décisions. Le Bureau de recherches géologiques et minières indique que l'île fait face à environ 400 micro-séismes mensuels, rendant le maintien et l'extension de son infrastructure actuelle problématique.
Les répercussions sur l'agriculture
Cependant, le projet rencontre une forte opposition. Anfane Saïd, porte-parole des agriculteurs biologiques de Mayotte, qualifie cette initiative d'"aberration". Les agriculteurs craignent que la construction ne nuise à des zones agricoles d'une grande fertilité. "Nous visons l'autonomie alimentaire, ce projet va totalement à l'encontre de cette ambition," déclare-t-il avec préoccupation.
De plus, selon Anwar Soumaila Moevale, président des Jeunes agriculteurs de Mayotte, l'accès au foncier est déjà compliqué, et le projet menace de soustraire 300 hectares de terres agricoles nécessaires à la production alimentaire. De leur côté, les habitants expriment leurs inquiétudes quant à la perte potentielle d'emplois, ce qui alimente davantage les tensions.
Un soutien inattendu des écologistes
Malgré la controverse, certaines organisations écologiques appuient le projet, soulignant qu'il représente une alternative plus respectueuse de l'environnement par rapport à l'agrandissement de Dzaoudzi. Michel Charpentier, président des Naturalistes de Mayotte, affirme que l'impact environnemental sera certes présent, mais qu'il est « beaucoup moins significatif ». Les travaux devraient débuter en 2027, avec une ouverture prévue pour 2036, néanmoins, la complexité des expropriations poses de nombreux défis.
Le gouvernement met en avant que ce projet s'inscrit dans le cadre d'un plan plus large de 3,2 milliards d'euros dédié au développement de Mayotte, promulgué en août 2025, ce qui augmente son importance économique.







