Lundi, lors d'une session au Sénat, Sébastien Lecornu a affirmé la nécessité d'une réforme rapide pour élargir le corps électoral des élections provinciales en Nouvelle-Calédonie, à l'approche du scrutin prévu le 28 juin. Refusant d'accepter un "statu quo" institutionnel, il a mis en garde contre les potentiels risques de violences dans l'archipel, deux ans après des émeutes tragiques ayant causé la mort de 14 personnes.
Le Premier ministre cherche à sortir de l'impasse d'une réforme constitutionnelle plus vaste, en proposant une loi organique présentée par le sénateur calédonien Georges Naturel, qui espère instaurer une base solide pour les élections à venir.
Lecornu a insisté : "Le statu quo ne peut être un fondement durable pour l'avenir. Il pourrait même alimenter de nouvelles violences." Son objectif est d'unir indépendantistes et non-indépendantistes autour d'une proposition équilibrée, fruit de dialogues longs de plusieurs mois.
Le gouvernement est engagé dans une course contre la montre au Parlement pour faire adopter cette réforme, qui pourrait potentiellement élargir le corps électoral à 10.569 "natifs" et aux conjoints de ces derniers, une question qui reste source de tensions entre les parties impliquées. L'exécutif vise à finaliser le processus d'ici mercredi ou jeudi.
Après une validation matinale par le Congrès calédonien, l'attente se tourne vers le Sénat, qui devrait également approuver la réforme avant qu'elle ne soit envoyée à l'Assemblée nationale, où le résultat semble plus incertain.
Ce texte vient à une période critique, étant à l'origine des violences antérieures qui ont secoué la Nouvelle-Calédonie. Auparavant, le corps électoral était figé, circumscrivant les votants aux résidents d'août 1998 et leurs descendants, ce qui a conduit à l'exclusion d'environ 17 % des Calédoniens aujourd'hui.
Les débats autour de l'ouverture de ce corps électoral polarisent : les indépendantistes craignent une dilution de la voix kanak, tandis que les non-indépendantistes revendiquent un accès égal. La ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, argumente qu'élargir le scrutin aux natifs est un pas vers la reconnaissance des droits des habitants.
En complément, le gouvernement propose également d'inclure les conjoints, une mesure qui soulève des inquiétudes quant à sa constitutionnalité. Certains parlementaires s'interrogent, redoutant que cette double déréglementation n'affaiblisse la légitimité de la loi organique.
À gauche, un soutien sans l'adhésion des indépendantistes kanaks semble peu probable. Le FLNKS a réaffirmé son souhait d'une ouverture, mais dans un cadre global d'accord. Pierre-Chanel Tutugoro, leader du groupe UC-FLNKS, a déclaré : "Nous sommes favorables à l'élargissement, mais seulement en accord avec le FLNKS." Cette position pourrait influencer les débats à venir, la gauche ayant fait barrage aux précédentes réformes.
Pour Sébastien Lecornu, élargir le corps électoral est impératif pour rouvrir un cycle de négociations. Les discussions doivent débuter en juillet et se conclure avant la fin de l'année, afin de ne pas laisser la situation se détériorer en pleine campagne présidentielle.







