Bruxelles s’emploie à élaborer un nouvel instrument visant à diminuer la dépendance de l’économie européenne, notamment envers l’industrie chinoise. Ce projet de réglementation, actuellement en discussion à la Commission européenne, pourrait obliger les entreprises de l'UE à diversifier leurs chaînes d'approvisionnement pour certains produits essentiels, d'après des sources proches du dossier citées par Financial Times. Concrètement, cela signifierait que les entreprises devront s'assurer d'avoir au moins trois fournisseurs, originaires de pays distincts, pour des composants jugés critiques, tels que les produits chimiques et les machines industrielles.
Ce choix n'est pas anodin. La chimie et les machines-outils sont des secteurs dans lesquels les acteurs chinois se développent rapidement, menaçant d'éclipser leurs homologues européens et créant de nouvelles dépendances. Par exemple, à Amiens, l'entreprise Eurolysine, unique producteur européen d'un acide aminé utilisé dans l'alimentation animale, craint des menaces sur la pérennité de son usine face à la concurrence des prix chinois.
Avec ces nouvelles exigences de diversification, l'objectif est de sécuriser les approvisionnements stratégiques de l'UE, pour éviter de revivre la situation de l'année précédente. En effet, la Chine ayant profité de son quasi-monopole sur les aimants en terres rares, elle avait imposé des restrictions d'exportation qui avaient failli paralyser certaines industries européennes. Sans fournisseurs alternatifs, certaines usines pourraient avoir halté leur production.
Des contrôles très stricts ont également été mis en place, forçant les industriels à soumettre des informations stratégiques aux autorités chinoises. Cependant, les responsables européens précisent que l'obligation de diversification viserait d'autres dépendances critiques, à l'instar de l'hélium, dont les importations proviennent principalement des États-Unis et du Qatar.
Un déficit jugé insoutenable
Pour l'heure, ce projet de loi, qui marque un tournant dans le domaine de la réglementation économique, doit encore être présenté lors d'une réunion de la Commission européenne prévue le 29 mai. Si validé, il sera ensuite soumis à l'examen des États membres. Récemment, certains de ces derniers, comme l'Allemagne, ont plaidé pour un assouplissement des règles relatives aux entreprises.
Une application rapide de ces mesures semble donc compromise. Plus tôt dans l'année, la Commission avait lancé une loi dite d'"accélération industrielle", qui introduisait des clauses de contenu local, imposant aux entreprises de secteurs stratégiques de s'approvisionner en composants fabriqués en Europe, ou dans des pays associés, pour bénéficier de fonds publics.
Cette réglementation cible des domaines tels que l'industrie automobile, les technologies d'énergies décarbonées et les industries lourdes. Sa mise en œuvre ne sera pas immédiate, d'autant plus que le contenu du texte pourrait encore évoluer au gré des longues négociations au sein de l'UE. En réponse à ces initiatives, la Chine a d’ores et déjà menacé de répliquer, comme elle l'avait fait lors de la mise en place de droits de douane sur ses voitures, en s'attaquant aux produits agroalimentaires européens.
Le déficit commercial de l'UE vis-à-vis de la Chine a considérablement augmenté, doublant en l'espace de six ans, pour atteindre 360 milliards d'euros d'ici 2025. Comme l'a souligné Maroš Šefčovič, commissaire européen au Commerce, ce phénomène est alimenté par une demande intérieure faible et une politique industrielle chinoise agressive, qui a successivement renforcé les capacités d'exportations de l'industrie chinoise.







