En ce jour spécial, le journaliste et réalisateur Nadir Dendoune rend hommage à sa mère, Messaouda, arrivée d’Algérie en 1959, tout en adressant une pensée à toutes les mères oubliées par la société. Il s'inscrit en faux contre un système qui marginalise les personnes âgées et relègue le soin au marché.
Un départ marqué par l'émotion
Messaouda, née en 1936, a quitté ses montagnes kabyles avec ses enfants, vivant à l’Île-Saint-Denis pendant près de soixante ans. Lorsque son autonomie a décliné, elle a dû quitter l'appartement qu'elle considérait comme sa maison. Ce déménagement, écrit Dendoune, n'était pas juste un changement de lieu, mais une perte d'identité, de souvenirs et de liens. Sa nouvelle résidence chez sa sœur se veut plus vivante, une tentative de lui éviter le silence que beaucoup de personnes âgées connaissent trop bien.
La douleur de l'impuissance
La cuisine a toujours été son langage, mais aujourd'hui, elle se retrouve à table, observant les autres. Cette incapacité à participer à ce qu'elle a toujours fait — nourrir sa famille — la plonge dans une profonde tristesse, celle d’une inutilité malheureuse après des années de dévouement. La société, comme le souligne Dendoune, a ignoré la douleur des aidants, constitutifs d'une vie de sacrifice silencieux, surtout pour les femmes.
Le soin : une question de société
Alors que les familles deviennent plus petites et que la mobilité professionnelle gaspille les liens familiaux, la prise en charge des anciens s'est mise à devenir un enjeu de société. Des établissements comme les Ehpad, apparus comme des solutions, révèlent les failles d'un système qui a externalisé l'acte de prendre soin. Ces lieux, souvent critiqués, demeurent une nécessité face à des réalités implacables. Look également les défis que rencontrent les aidants, souvent abandonnés par un État qui ne joue pas son rôle protecteur.
Appel à la solidarité
Les mères, comme Messaouda, méritent davantage qu'une simple reconnaissance ponctuelle. Loin d’être un choix individuel, le soin doit devenir une cause nationale, une véritable priorité. Dendoune nous invite à réfléchir sur la dignité des vies passées et l'importance de maintenir nos liens avec celles et ceux qui nous ont tant donné, tout en valorisant le rôle essentiel des immigrés dans cette dynamique.
En ce jour de fête, Messaouda symbolise toutes ces mères invisibles, oubliées par une société qui mesure la valeur humaine à la productivité. Bonne fête à toutes les mères invisibles, et n'oublions pas qu'elles devraient être célébrées bien au-delà d'un dimanche par an.







