Dans le cœur historique de Sao Paulo, un affichage électronique fournit des mises à jour en temps réel sur le nombre d'arrestations effectuées grâce à Smart Sampa, un système capitalisant sur la reconnaissance faciale alimentée par l'IA.
Mis en place par l'administration locale pour combattre la criminalité, ce projet, souvent qualifié de Big Brother brésilien, offre aux agents de sécurité la possibilité de surveiller en continu les 40 000 caméras déployées dans cette métropole de 12 millions d’habitants.
Lutter contre les délits
Cette technologie, d'un coût mensuel de 1,6 million d'euros, a été intégrée fin 2024. Cette année-là, près d'un cinquième des vols de téléphones au Brésil avaient lieu dans cette mégapole. À ce jour, près de 4 000 personnes ont été interpellées pour diverses infractions. De plus, près de 3 000 fugitifs ont été localisés en utilisant des données judiciaires en temps réel.
Orlando Morando, secrétaire à la sécurité à Sao Paulo, déclare : "Aujourd'hui, je ne peux pas imaginer Sao Paulo sans Smart Sampa".
Il fournit d’ailleurs un exemple en soumettant sa propre photo au système. Moins d’une seconde après, il peut voir une liste des lieux et horaires où il a été repéré par les caméras.
"Cela me rappelle le roman *1984* de George Orwell", confie Sonia Ferreira Silva, une retraitée de 68 ans. Elle ajoute qu'elle songe, "j'adore, j'approuve à 100%" cette initiative, croisé près d'un camion de surveillance mobile sur l'avenue Paulista emblématique.
Un contrôle plutôt qu'une solution
Cependant, le Big Brother a été critiqué pour avoir provoqué des interpellations abusives. Des analyses des données officielles montrent que plus de 8 % des individus arrêtés pour identification erronée de fugitifs ont été relâchés par la suite. En décembre, un homme de 80 ans a passé plusieurs heures en détention en raison d'une confusion avec un suspect de viol. Au total, au moins 59 personnes ont été victimes de telles erreurs.
Smart Sampa utilise des caméras non seulement dans les espaces publics mais également dans les bâtiments gouvernementaux et certains établissements privés. Des arrestations ont également eu lieu sur la base de mandats d'arrêt dépassés, les autorités pointant la responsabilité sur un manque de mise à jour des données judiciaires.
Amarilis Costa, directrice du réseau d'avocats Liberdade, affirme : "Smart Sampa se présente comme une solution face au crime, mais il est utilisé pour contrôler les citoyens".
En dépit des critiques, la mairie insiste sur le fait que les vols à Sao Paulo ont diminué de près de 15 % l'an dernier. Cependant, les statistiques ne précisent pas la répartition raciale des personnes arrêtées, ce qui soulève des interrogations sur un éventuel biais algorithmique dans une société où la majorité de la population est noire ou métisse. De nombreuses études, comme celles rapportées par des médias tels que *Le Monde*, montrent que les systèmes de reconnaissance faciale sont souvent moins efficaces pour identifier les personnes de couleur.
En réponse à ces critiques, le secrétaire municipal à la sécurité a soutenu : "Smart Sampa n'a pas de préjugé, on n'arrête pas les gens selon leur couleur de peau".
Cependant, il est notable que la majorité des arrestations se produisent dans des quartiers défavorisés, soulevant des préoccupations éthiques quant à la target des populations les plus vulnérables.







