Sur la place d'Aboisso, au sud-est de la Côte d'Ivoire, des fèves de cacao sont étalées sur des bâches au soleil, tandis que d'autres moisissent dans des hangars humides. Cette situation illustre une crise persistante dans un secteur vital pour l'économie nationale.
En tant que premier exportateur mondial d'or brun, la Côte d'Ivoire a fixé un prix d'achat aux planteurs qui a atteint un record de 2.800 francs CFA (4,27 euros) au début d'octobre, juste avant la réélection d'Alassane Ouattara. Cependant, après un pic de prix fin 2024, les cours mondiaux ont chuté au cours de l'été 2025, entraînant une baisse de la demande pour le cacao ivoirien. Le prix d'achat est désormais jugé trop élevé, et les exportations diminuent rapidement.
Cette diminution des ventes a conduit à un amoncellement des stocks dans les entrepôts des coopératives, souvent aux dépens des planteurs qui n'ont pas été rémunérés pour leur récolte. En mars, le gouvernement a décidé de réduire drastiquement le prix d'achat à 1.200 francs CFA (1,82 euro) pour tenter de relancer le marché.
Dans les locaux de la coopérative Socoopagos, présidée par Dongo Yao Kra, 49 ans, la situation est devenue critique. "Nous devons exposer régulièrement les fèves au soleil pour limiter les dégâts", confie-t-il à l'AFP. "Chaque jour d'attente est un coût supplémentaire." Pour la coopérative, le montant total qu'il faudra débourser pour honorer les contrats précédents s'élève à 230 millions de francs CFA (350.000 euros).
Une réunion de crise a été convoquée récemment à Songan, où une cinquantaine de planteurs se sont rassemblés. Le mécontentement était palpable face à la baisse des prix. Antoine Ouattara Sié Kouabou, un producteur, a exprimé son furieux désaccord : "C'est comme si on changeait les règles d'un match à mi-temps." Les inquiétudes grandissent quant à leur capacité à retourner sur les champs sans paiement sécurisé pour leurs récoltes.
Malgré un engagement en janvier du Conseil Café Cacao (CCC) à racheter les stocks invendus, seul un faible pourcentage a été pris en charge. Dolford Diby, 55 ans, a dénoncé la trahison de la promesse étatique de garantir un prix stable pour le cacao en période difficile. "C'est une arnaque, ils nous ont trompés", déclare-t-il, rappelant que l'agriculture reste le pilier de l'économie ivoirienne.
Des discussions houleuses se poursuivent entre les planteurs, alors que le vice-président de l'interprofession du cacao, Obed Blondé Doua, a précisé qu'il restait entre 57.000 et 60.000 tonnes de cacao à enlever. Malheureusement, le CCC n'a pas répondu aux demandes de clarification sur cette situation. Pour apaiser les tensions, M. Blondé Doua a appelé à un effort pour permettre aux producteurs de toucher les 2.800 francs sur les stocks restants, afin de garantir un climat sociale serein et durable.







