Ce jeudi 11 juin, la Cour de cassation à Paris se penche sur le procès en révision posthume de Raymond Mis et Gabriel Thiennot, condamnés pour le meurtre du garde-chasse Louis Boistard en décembre 1946. Treize magistrats vont examiner cette affaire qui n’a cessé de soulever des controverses depuis près de huit décennies.
Les deux hommes, initialement condamnés à 15 ans de travaux forcés, avaient avoué les faits d’abord, avant de se rétracter en soutenant que leurs aveux avaient été extorqués par la violence. Cette version a été reconnue par la justice lors des procédures de révision. Malgré leur grâce en 1954, suite à des enquêtes révélant des erreurs significatives de la police, il a fallu attendre jusqu'à sept demandes en révision pour que le comité de soutien enfin obtienne ce procès tant attendu.
Prouver l'innocence ou un doute sérieux sur leur culpabilité
Le cœur du débat ce jeudi réside dans la question suivante : au-delà des aveux annulés, existe-t-il suffisamment d'éléments incriminants contre les deux hommes ? "Maître, ce n'est pas un quatrième procès", insiste François Saint-Pierre, représentant de la partie civile, fille de Louis Boistard. Il rappelle que, selon la loi, la charge de la preuve incombe ici à Mis et Thiennot, qui doivent établir leur innocence ou, du moins, soulever un doute sérieux quant à leur culpabilité.
Alors que dix pièces essentielles ont été annulées, l’avocat de la partie civile reste convaincu qu'il subsiste des éléments à charge. Jean-Pierre Mignard, un des avocats de la défense, conteste cette vision, arguant qu'il s'agit d'une enquête bâclée : "Une expertise balistique faible, aucune reconstitution pertinente... Ce dossier est contaminé depuis le début, avec des aveux obtenus sous la contrainte". François Saint-Pierre lui répond : "La violence policière survenue lors de leur garde à vue ne signifie pas qu'ils soient innocents".
Au terme des plaidoiries et des témoignages, les treize magistrats devront rendre leur décision. Ce procès constitue un tournant symbolique dans l’histoire judiciaire française, rappelant l’importance de la justice et des droits humains, même plusieurs décennies après les faits.







