Ce jeudi 11 juin 2026, la cour de révision examine le dossier Mis et Thiennot, un retour aux affaires criminelles controversées qui ont marqué la France. Il y a près de 80 ans, le garde-chasse Louis Boistard a été retrouvé sans vie dans un étang à Saint-Michel-en-Brenne. Après de multiples demandes de révision, les descendants de Mis et Thiennot continuent de lutter pour prouver leur innocence.
À l’époque, ces chasseurs de l’Indre avaient été condamnés à 15 ans de travaux forcés pour le meurtre de Boistard, malgré leurs cris d’innocence. Leurs requêtes, soutenues par un comité d'appui, n’avaient jusque-là pas abouti. La pression s'accroît alors que d'autres arguments innovants et d'importants éléments légaux émergent.
Pour cette audience, les 13 magistrats de la cour de révision plongeront dans un dossier historique, mais privé de témoins directs. Le défi consiste ainsi en une véritable recherche historique, comme le souligne François Saint-Pierre, avocat de la partie civile. "Nous devons explorer des documents anciens, parfois en mauvais état, mais essentiels pour le jugement".
Dossier élagué, mais toujours pertinent
Lors d'une session précédente, la cour de cassation a écarté des éléments essentiels, notamment les aveux des suspects obtenus sous la contrainte. "C'est une avancée légale qui pourrait poser des bases pour d'autres affaires similaires à l'avenir", affirme Pierre-Emmanuel Blard, avocat au service du soutien de Mis et Thiennot.
Ce nouvel enjeu pousse la cour à se baser sur des preuves anciennes et sur la jurisprudence d'un autre temps. "Nous devrons discuter des rapports d’enquête, des témoignages historiques et de la reconstitution qui a été faite", ajoute Pierre-Emmanuel Blard.
Une mosaïque de témoins
Pour enrichir le débat, plusieurs témoins sont convoqués. Du côté des chasseurs, le fils d'un des compagnons de Mis et Thiennot viendra partager le récit de son père sur les événements tragiques, tandis que des figures politiques comme le maire de Châteauroux, Gil Avérous, illustreront l'impact local de cette affaire.
Pour la partie civile, des experts comme Gilles Antonowicz, avocat et historien, apporteront des éclairages sur les événements de l’époque. L'ancien commissaire divisionnaire Jean-Louis Vincent, lui aussi auteur sur le sujet, questionnera l’innocence des deux hommes.
Tandis que les descendants de Mis et Thiennot assistent à l’audience sans témoigner, la fille de Louis Boistard s’abstient de comparaître, laissant place à un débat qui pourrait redéfinir l'histoire judiciaire de cette affaire.
Une rareté dans le panorama judiciaire
Les audiences de révision, comme celle de Mis et Thiennot, sont extrêmement rares. Depuis 1945, seules une douzaine d'entres elles ont eu lieu en France, pour des affaires pénales notoires. Denis Salas, président de l'Association française pour l’histoire de la justice, souligne l'importance cruciale de découvrir des éléments nouveaux sans lesquels une révision devient improbable. “C’est ce qui rend cette procédure difficile, mais elle reste essentielle pour faire réapparaître la vérité”, insiste-t-il.
Les débats qui se dérouleront en 2026 s’annoncent lucides et vivants alors que la cour, après une délibération, devrait rendre son jugement dans les semaines suivantes, marquant potentiellement un tournant dans cette affaire emblématique de la mémoire judiciaire française.







