Un tragique événement a secoué la Corse ce lundi, lorsqu'Alain Orsoni, 71 ans, a été abattu alors qu'il pleurait sa mère lors de ses obsèques à Vero, son village natal. La scène, décrite comme "innommable" par de nombreux proches, a frappé profondément le cœur de la communauté nationale corse et relancé les échos de conflits vieux de plusieurs décennies.
Jo Peraldi, figure historique du nationalisme corse et ami d'Orsoni, a déclaré à l'AFP : "Il vient pour enterrer sa mère de 91 ans et on jette le corps du fils sur le cercueil de sa mère, c'est innommable, c'est ignoble." Ce meurtre a été orchestré d'une manière froide et calculée, alors qu'Orsoni était touché en pleine poitrine par un coup de feu tiré à distance, probablement avec une arme équipée d'une lunette, a rapporté le procureur d'Ajaccio.
Les autorités, sous la direction du tout nouveau Parquet national anti-criminalité organisée (Pnaco), ont rapidement pris en charge l'affaire. À l’heure où l’enquête est lancée, ce meurtre s’inscrit dans un contexte de rivalités criminelles anciennes, notamment entre la famille Orsoni et le clan du Petit Bar, connu pour son implication dans plusieurs affaires de règlements de compte. Ce clan avait déjà été suspecté d’avoir orchestré une tentative d’assassinat contre Orsoni en 2008.
Dans le passé, la famille Orsoni a été marquée par le sang. En 1983, le frère d'Alain, Guy, avait été assassiné, un épisode qui hante encore la mémoire collective. Ce douloureux héritage s'est renforcé avec la naissance du fils d'Alain, également prénommé Guy, considéré aujourd'hui comme une figure du banditisme insulaire. La Provence souligne que la rivalité entre ces groupes a exacerbé les tensions sur l'île, érodant lentement le sentiment de sécurité parmi la population.
Alain Orsoni n'était pas seulement une personnalité de l'ombre, il avait aussi dirigé l'Athletic Club Ajaccio et était actif dans le secteur des jeux au Nicaragua, où il résidait récemment. Selon des sources proches, il n’avait montré aucun signe d’inquiétude avant sa mort, ayant fait ses courses sans protection. "Il n'avait pas l'air inquiet du tout", a affirmé Peraldi.
Les répercussions de cet acte violent ne cessent de susciter des interrogations. L'abbé Roger-Dominique Polge, présent lors de la cérémonie, a exprimé son désespoir : "Je me demande où nous en sommes, dans quelle époque nous vivons. C'est inimaginable."
Ce nouvel assassinat rappelle également celui du bâtonnier Antoine Sollacaro en 2012 et soulève des préoccupations croissantes sur l'escalade de la violence en Corse. Les experts s'accordent à dire que la situation actuelle reflète les profondes divisions et rancœurs héritées de décennies de luttes pour l'autonomisation de l'île.
Dans ce contexte volatile, le Parti de la Nation Corse (PNC) a dénoncé le irrespect des morts, estimant que cet événement a des implications sombres pour les valeurs de la société corse. Un vent d'inquiétude souffle sur l'île, entre détermination pour la justice et peur des représailles.







