Un généraliste, accusé d’avoir indûment prescrit du fentanyl, un opiacé redoutablement puissant, à trois de ses patients, fait face à des poursuites sérieuses. Les prescriptions de ce médicament avaient atteint des montants ahurissants, avec un remboursement total de 600 000 euros par la Sécurité sociale, selon la Caisse primaire d’assurance maladie. La procureure Marie-Noëlle Courtiau-Duterrier s'est émue : « Ils sont devenus toxicomanes. Ils ont eu accès à des stupéfiants aux dépens de la Sécu. »
Un préjudice de 1,7 million d'euros
Ce dossier fait surface suite à une alerte sur des pratiques médicales inappropriées. Selon des enquêtes, un couple de La Réole se vantait d'accéder facilement au fentanyl, dont l'usage médical est strictement encadré en France. Ce puissant opiacé, considéré en France uniquement pour les soins d'urgences des patients en phase terminale de cancer, a été prescrit à des doses astronomiques à des patients ne souffrant pas de cancer. La Caisse d'assurance maladie a estimé le préjudice total à environ 1,7 million d'euros.
« Il attire une certaine clientèle car la rumeur dit qu’il fait ce que le patient demande » a souligné l’avocate de la CPAM.
Les premiers éléments de l’enquête ont révélé que les patients concernés avaient reçu respectivement des prescriptions anormales de plusieurs milliers de flacons en seulement quelques années. Malgré cette situation alarmante, le médecin conteste les accusations et apporte des justifications sur sa pratique médicale. Son cas soulève la question des limites de la prescription hors AMM, et la véracité des affirmations selon lesquelles il agissait pour le bien de ses patients.
Une sanction sévère demandée
Le parquet a requis une peine de trois ans d'emprisonnement, dont deux ans avec un sursis, accompagnée de l'obligation de soins, d'une indemnisation du préjudice et d'interdictions d'exercice médical. Une amende de 30 000 euros ainsi que la confiscation des biens immobiliers saisis ont également été réclamées.
Ce professionnel de santé, âgé de 69 ans, a été plusieurs fois sanctionné par le Conseil de l'ordre pour des comportements similaires et a développé une forte popularité auprès de ses patients, attirés par des rumeurs selon lesquelles il serait plus souple en matière de prescription. Cependant, des voix s'élèvent pour dénoncer la légèreté de ses décisions médicales et son approche envers des traitements potentiellement dangereux.







