Viktor Sevidov, ornithologue passionné, lève les yeux vers le ciel d'Ukraine, identifiant les oiseaux qui volent au-dessus de lui. "Regardez, un geai !" s'exclame-t-il, avant de poursuivre : "Un gorgebleue à miroir !". Sur les collines verdoyantes et à proximité d'un étang, cet amoureux de la nature souligne l'urgence de la catastrophe environnementale causée par l'invasion russe, tout en savourant les petites joies qu'il peut toujours trouver au cours de ses promenades.
À l'aube et au crépuscule, à 37 ans, Viktor s'échappe de son appartement ordinaire à Kryvyï Rig, une ville au cœur de l'Ukraine, pour observer les oiseaux. Selon la Convention sur la diversité biologique, ces espèces, déjà parmi les plus menacées au niveau mondial, sont essentielles pour maintenir l'équilibre des écosystèmes, œuvrant dans la pollinisation, la dissémination des graines et le contrôle des populations d'insectes.
Historiquement, les oiseaux en Ukraine souffraient déjà des effets de la déforestation, de l'agriculture intensive, et des bouleversements climatiques. Aujourd'hui, ils sont pris entre le feu croisé d'une guerre s'étendant sur 1.200 km et la destruction de leur habitat. Viktor évoque des régions, telles que Zaporijjia et Kherson, où il travaillait jadis, maintenant ravagées ou inaccessibles en raison des combats.
Malgré la distance des lignes de front, le fracas des bombes et le son des missiles se font entendre dans sa région. "Un jour, en 2024, un missile a été abattu juste au-dessus de ma tête pendant que je photographiais", raconte-t-il. Les drones ennemis, aperçus quotidennement, lui rappellent la réalité de la guerre. "Je ne souhaite pas les voir. J'adore la nature, la vie, pas la mort. Mon souhait est de contempler un ciel pur", exprime-t-il avec passion.
- Crimes envers la faune -
Ewa Wegrzyn, une zoologiste de l'université de Rzeszów, explique que contrairement à une idée répandue, de nombreuses espèces d'oiseaux montrent une fidélité inébranlable à leurs lieux de nidification et à leurs routes migratoires. Ce comportement de "philopatrie" peut leur être fatal en temps de guerre, car les oiseaux restent attachés à leurs territoires, même face au danger.
Les conséquences du conflit sur la faune aviaire sont largement sous-estimées. Comme le signale Mme Wegrzyn, l'incapacité d'effectuer des études dans les zones de combat complique l'évaluation des pertes. Dans un refuge pour oiseaux près de Kiev, l'AFP a pu observer plus de 200 oiseaux blessés en avril. Iryna Snopko, directrice de ce refuge, souligne que des oiseaux se blessent fréquemment à cause de câbles optiques et de filets déployés pour intercepter les drones. Ce refuge a accueilli des histoires émouvantes d'oiseaux qui s'y sont trouvés, mais aussi de nombreux animaux souffrants, comme un hibou gravement brûlé par l'explosion d'un drone.
Retour aux préoccupations de Viktor Sevidov, qui avoue avoir abandonné la photographie pendant deux ans après le début de l'invasion, ne voulant pas poursuivre son hobby alors que d'autres amis partaient à la guerre. Ses photographies d'oiseaux, teintées de tristesse mais aussi d'espoir, font souvent les gros titres des médias locaux, mêlées à des images de destruction.
Dans un parc de Dnipro, l'AFP rencontre Viatcheslav Kaïstro, un ancien combattant qui partage son expérience. "Il y a eu une destruction complète des habitats sur le front", raconte-t-il, évoquant les nombreux animaux traumatisés qu'il a pu observer. Sa rencontre avec un grand-duc, symbole de majesté, l'a profondément marqué, car cela a été suivi, quelques heures plus tard, par une perte tragique: sa jambe droite sur une mine. Ce témoignage poignant illustre le désastre qui frappe non seulement les hommes, mais aussi la nature dans ce conflit.







