Sous le soleil implacable de l'Altiplano péruvien, Dominga Quenta, 78 ans, s'active à trier des pommes de terre sur le sol poussiéreux, perpétuant ainsi la tradition familiale. Cette paysanne aymara, originaire de Lima, ne nourrit plus d'illusions vis-à-vis des promesses des politiciens.
À l'approche du second tour de la présidentielle opposant Keiko Fujimori et Roberto Sanchez, elle exprime un profond scepticisme. "Personne ne me donnera ni un centime. Je travaille de mes mains", confie-t-elle lors d'un échange avec l'AFP. Installée dans la communauté de Caritamaya, près du lac Titicaca, à près de 4 000 mètres d'altitude, elle souligne que le silence des autorités est assourdissant.
Rufino Cutipa, son mari, renchérit : "Ici, personne ne vient, personne ne nous voit, on se débrouille seuls". Au quotidien, ils s'occupent de quelques vaches qui paissent autour du puits, essentielle source d'eau pour la famille.
Dans les champs voisins, des femmes, parfois pieds nus, s'activent à récolter les dernières pommes de terre de la saison. La pauvreté y touche plus d'un tiers de la population locale.
Malgré leur désenchantement, le couple ne peut ignorer leur rejet envers la candidate de droite. Dominga affirme : "Le papa a déjà beaucoup gouverné, la fille doit laisser la place aux autres". Ce sentiment se retrouve chez de nombreux électeurs, qui prévoient de voter pour Roberto Sanchez, non pas par conviction, mais plutôt par rejet du fujimorisme.
"Il fait souvent très froid ici, la vie est dure. Nous ne voulons pas que nos enfants restent ici, ils sont tous partis", déclare-t-elle, en faisant référence à ses quatre enfants. Parmi eux, Cesar Cutipa, 45 ans, ingénieur à Puno, partage un souvenir chargé d'émotion : la vente d'une vache et d'un mouton pour payer ses études.
Cesar n’a pas beaucoup d'espoir concernant un éventuel changement de situation. Selon lui, Roberto Sanchez, ancien ministre, est "le moins pire", même s'il admet qu'il ne croit pas qu'il apportera de réelles améliorations.
Les résultats du premier tour, où Sanchez a obtenu 27 % des voix contre 2,9 % pour Fujimori, soulignent un écart frappant dans une élection où aucun des finalistes n’a atteint 30 % des suffrages nationalement.
- Les turbulences de 2023 -
La méfiance envers le fujimorisme s’est intensifiée après la chute de Pedro Castillo en décembre 2022, dont Roberto Sanchez revendique l'héritage. Beaucoup croisent les doigts pour une issue positive, considérant Castillo comme un symbole des espoirs déçus d’un changement.
La chute de Castillo a engendré trois mois de manifestations, souvent réprimées dans la violence, avec plus de 50 décès, principalement dans le sud andin. Jhamileth Aroquipa, 17 ans, est décédée suite à des violences policières alors qu'elle aidait sa famille avec leur épicerie. Sa mère, Dominga Hancco, 44 ans, lutte pour obtenir justice : "Cela fait plus de trois ans, et il n'y a toujours pas de justice".
Elle interdit l'idée que Keiko Fujimori puisse la représenter, affirmant que l'ancienne candidate n'apportera que davantage de répression. "Il n'y a pas d'autre choix que de voter pour Sanchez", conclut-elle avec résignation.
Pour l'analyste Paulo Vilca, le vote pour Sanchez se conforme à une tradition du sud andin qui favorise les candidats promettant un changement. Cependant, des fissures dans cette digue anti-fujimoriste commencent à se former. Efrain Vilca, chauffeur de taxi, évoque les opportunités que pourrait apporter Fujimori au secteur du tourisme, suggérant qu'il pourrait y avoir plus de soutien caché pour elle.







