Huit ans après l'une des plus tragiques catastrophes naturelles de Grèce, les survivants continuent de vivre avec des séquelles poignantes alors que le pays se prépare à affronter un été difficile.
Dans une maison surplombant Mati, à environ 40 kilomètres au nord-est d'Athènes, un cadre photo met en lumière le visage souriant de Tania Gazeridou. Son mari, Yiorgos Kaïris, la regarde avec une tristesse tangible, se remémorant celle qu'il décrit comme "le grand amour de sa vie".
Tania a perdu la vie à cause de la fumée dans un incendie dévastateur survenu le 23 juillet 2018, qui a anéanti la station balnéaire en quelques heures.
Le bilan fait état de quatre décès, mais de nombreuses personnes ont été affectées par la destruction causée par des flammes attisées par des vents violents. Ces dernières ont ravagé tout sur leur passage : forêts, véhicules, maisons.
Des fautes de gestion et de coordination ont contribué à cette tragédie, entraînant la condamnation de plusieurs responsables l'année dernière.
- Evacuation systématique -
Cet événement tragique a conduit les autorités à instaurer une politique d'évacuation systématique. En dépit d'un accroissement des ressources humaines et matérielles, la Grèce est toujours frappée par des incendies d'une gravité inouïe en raison du réchauffement climatique. L'an passé, plus de 47,500 hectares ont été réduits en cendres, comme l'indique le Système européen d'information sur les feux de forêt (EFFIS).
Le récit de Tania se termine tragiquement, elle est décédée dans leur cuisine pendant que Yiorgos cherchait de l'aide. "J'avais promis de la ramener, mais je n'ai pas pu tenir ma promesse", confie-t-il, les yeux embués de larmes.
"Le feu ne s'est jamais éteint pour nous. Nous vivons avec des cicatrices, tant physiques que psychologiques", déclare Kalli Anagnostou, qui a subi de sévères brûlures. Sa peau, marquée par les cicatrices, est un constant rappel de l'horreur qu'elle a vécue.
"Il y a des jours où je peine à me lever ou à marcher. Sans compter les complications de santé, y compris le risque accru de cancers de la peau", explique-t-elle.
Le traumatisme est omniprésent. "Mon fils avait peur d'allumer une bougie pour son gâteau d'anniversaire pendant des années", se souvient-elle. "Le son d'un briquet le faisait crier de terreur".
Kalli et Yiorgos pointent du doigt l'inefficacité de l'État ce jour-là. **"Nous cherchions de l'aide autour de nous, mais il n'y avait personne"**, raconte-t-elle avec une amertume palpable.
Des mesures ont depuis été mises en place, incluant un système d'alerte par SMS pour prévenir et ordonner les évacuations. Pourtant, Yiorgos estime que ces dispositifs ne servent qu'à décharger l'État de ses responsabilités : **"On vous a averti, donc si vous choisissez de rester, c'est sur vous"**.
En parallèle, 667 millions d'euros seront investis d'ici 2026 pour la prévention des incendies. Plus d'une centaine de drones et quatre satellites thermiques seront utilisés pour détecter les départs de feu cette saison, avec 18,000 pompiers mobilisés, une augmentation de 15% par rapport à l'année précédente.
"Les pompiers ont amélioré leur stratégie, en insistant sur la détection précoce des incendies", note Theodore Giannaros, chercheur à l’Observatoire national d’Athènes. "La maîtrise d'un incendie dans les premières minutes est cruciale".
Cependant, il demeure des lacunes dans la gestion intégrée des incendies. Des solutions préventives comme le brûlage dirigé pourraient s'imposer pour minimiser le combustible disponible durant la saison estivale.
À Mati, bien que certaines maisons soient reconstruites et la végétation ait repris ses droits, le sentiment d'invincibilité des rescapés demeure fragilisé. "Je ne me sens plus vraiment vivante, dans le sens normal du terme, et je le dis avec respect pour ceux qui ont perdu la vie", conclut Kalli Anagnostou.







