Sous le soleil éclatant de Kiev, la marche des fiertés bat son plein, où les mots d'ordre résonnent haut et fort : "nous faisons partie de l'Ukraine". En tête de cette procession colorée, des soldats en treillis exhibent des portraits de camarades tombés face à l’invasion russe.
Des milliers de participants avancent, revendiquant les mêmes droits civiques que les hétérosexuels, alors que des groupes d'ultra-droite, masqués, s'opposent à cette quête de reconnaissance.
La situation est d'autant plus préoccupante dans un pays en guerre où la communauté ukrainienne LGBT+ redoute une régression des libertés. La récente adoption, en première lecture, d’un code civil qui consacre le mariage uniquement entre hommes et femmes est perçue comme une grave atteinte par des organisations telles qu'Amnesty International.
Cette législation met en péril les droits des couples LGBT+, notamment en cas de blessure ou de décès d'un partenaire, rendant l'autre invisible aux yeux de l'État. Sur le front, l'AFP a rencontré trois femmes d'exception : Victoria, Arina et Oksana, qui luttent sur deux fronts simultanément : contre l'agression russe et pour leur reconnaissance en tant que partenaires.
- Militer -
Victoria, 27 ans, dirige une unité de drones dans une zone de conflit intense. "Il est plus facile de tuer quelqu’un que d’épouser la personne que j’aime", affirme-t-elle, attristée mais déterminée, portée par le symbole de la licorne sur son uniforme, représentant le mouvement des soldats et vétérans LGBT+, qui regroupe environ 600 membres.
"Nos intérêts doivent être défendus par nous-mêmes", insiste-t-elle. Un sondage récent de l’Institut de sociologie de Kiev révèle que 78 % des Ukrainiens soutiennent l’égalité des droits pour les personnes LGBT+. Cependant, Victoria constate : "Pour chaque avancée, nous reculerons trois fois" face aux nouvelles législations.
- S'engager -
Arina, 23 ans, se distingue par son style audacieux dans le décor rigide d'une ville-garnison. Elle rêve de partager la vie de sa compagne Anna, qui s'est engagée dans la lutte à Bakhmout. La loi n’offre aucune protection à leur relation, alors qu'Arina prévoit de rejoindre l’armée à son tour, espérant pouvoir accéder aux soins pour sa compagne blessée.
"Nous craignons avant tout de nous perdre l'une l'autre", confie-t-elle. Oksana, 35 ans, secouriste de combat, partage des doutes similaires sur son engagement. Revenant d'un exil pour défendre ses compatriotes, elle ressent une déconnexion avec une société qui peine à accepter son identité.
Alors que les espoirs de changement s'amenuisent, le président Volodymyr Zelensky a exprimé sa volonté d'engager un dialogue sur les droits des LGBT+. Oksana, elle, reste sceptique, réfléchissant à un départ du pays que sa famille ne lui a jamais vraiment accordé. "Cette société m’a brisée", conclut-elle, la voix chargée d'émotion.







