Tanzanie : un climat de peur étouffe les voix du changement

Ulcérés par une répression meurtrière, les Tanzaniens hésitent à manifester à nouveau.
Tanzanie : un climat de peur étouffe les voix du changement
©-, AFP - Des manifestants aident l'un d'entre eux, blessé, près de barricades en feu, le 29 octobre 2025 à Dar es Salaam, capitale économique de la Tanzanie

Moins d'un an après une répression tragique d'une contestation antigouvernementale, les appels à manifester se multiplient en Tanzanie. Cependant, les autorités, par le biais de menaces et de déploiements policiers massifs, sèment la peur parmi les citoyens, incitant nombre d'entre eux à rester chez eux.

À Dar es Salaam, la capitale économique, les forces de sécurité sont omniprésentes, témoignant d'une atmosphère de tension. Un journaliste de l'AFP a observé des policiers en tenue anti-émeute armés près de véhicules blindés à plusieurs endroits de la ville, ajoutant à l'inquiétude ambiante. Bien qu'un policier qualifie cela de "simple exercice de routine", les derniers événements en matière de droits humains suggèrent tout autre chose.

Les réseaux sociaux sont inondés d'appels à manisfester le 7 juillet, pour revendiquer une nouvelle Constitution et demander des comptes aux responsables du passé sanglant. Cette date, connue sous le nom de "Saba Saba", commémore la création de l'Union nationale africaine du Tanganyika (Tanu) en 1954, un parti qui a mené le pays vers l'indépendance.

Teresia, 36 ans, exprime son désespoir et sa peur de manifester. Son frère a été tué le 29 octobre 2025, victime d'une violence policière pendant une élection controversée. "Nous avons beaucoup perdu, la situation n'a fait qu'empirer, et je ne me sens plus en sécurité", confie-t-elle en demandant l'anonymat.

À Ubungo, autre épicentre des événements tragiques de 2025, Nasibu, 29 ans, doute de la possibilité d'une forte mobilisation. "Les gens parlent de manifester, mais je ne pense pas que cela arrivera", déclare-t-il. Le déploiement policier sert, selon lui, à dissuader toute tentative de contestation.

Les autorités, dans un effort pour intimider d'éventuels manifestants, les qualifient de potentiels "criminels". Albert Chalamila, préfet de Dar es Salaam, a ouvertement évoqué la répression violente d'octobre, menaçant tout rassemblement d'être reçu avec la même brutalité. "Ce que nous avons fait pour la paix n'était qu'un aperçu", a-t-il déclaré.

Ces mots résonnent douloureusement pour Elick, 35 ans, qui se souvient des scènes tragiques du mois d'octobre : des corps abandonnés dans les rues. "Nous craignons que le même scénario se reproduise", dit-il, témoin de l'impunité qui règne.

Une enquête officielle a révélé que 518 individus avaient perdu la vie lors des violences, tandis que les défenseurs des droits humains avancent le chiffre d'environ 2.000 victimes. Ces divergences montrent à quel point la confiance est érodée au sein de la société.

Samia Suluhu Hassan, présidente actuelle, a connu un parcours tumultueux. Après avoir pris les rênes du pays suite au décès soudain de son prédécesseur, elle avait réussi à lever certaines restrictions, mais la fin du mois de juin a vu un retour à l'interdiction des rassemblements politiques, jugée inconstitutionnelle par l'opposition.

Dorothy Semu, cheffe du parti d'opposition ACT-Wazalendo, qualifie cette décision de honteuse. L'opposition continue de souffrir d’intimidations diverses, les leaders étant régulièrement victimes d’enlèvements ou de violences.

Tundu Lissu, président de Chadema, incarcéré depuis 2025, ainsi que d'autres membres de l'opposition évoquent une surveillance intense de la part des forces de sécurité. "Nous souhaitons vivre dans un pays où la démocratie est respectée", souligne Semu. Toutefois, l'impunité semble régner et les promesses de justice restent lettre morte.

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