À Paris, le phénomène du burn-out est devenu un enjeu majeur pour les travailleurs. Fréquemment, ce mal insidieux commence par un déni complet, se transforme en errance médicale et aboutit à une reconstruction longue et difficile. De nombreux témoignages révèlent un accès inégal à des dispositifs d'écoute pour cette pathologie non classée comme maladie.
Julie, 28 ans et fonctionnaire en Guyane, décrit son expérience : "Je travaillais sans relâche, négligeant mes besoins fondamentaux. J'ignorais les signes avant-coureurs de mon épuisement." Lorsqu'un médecin du travail lui diagnostique un burn-out et l'arrête de travailler, elle ressent une culpabilité écrasante, peinant à accepter sa situation.
Ce mal de notre époque, défini par la fatigue physique et mentale, une vision pessimiste du travail et un sentiment d'inefficacité, touche un grand nombre de travailleurs, notamment des femmes. D'après Santé publique France, les douleurs psychiques liées au travail concernaient 5,9% des femmes et 2,7% des hommes en 2019, un chiffre alarmant par rapport à celles enregistrées en 2007.
Cependant, cet épuisement professionnel n'est pas considéré comme une maladie mais comme un syndrome ou un risque psychosocial. Cette catégorisation complique sa reconnaissance par la Sécurité Sociale, qui exige des preuves de causalité avec le travail pour le qualifier d'accident professionnel.
Marie Pezé, psychologue et fondatrice du réseau Souffrance et travail, critique ainsi la prise en charge du burn-out, qu'elle juge "artisanale". "La souffrance psychologique des travailleurs est souvent ignorée par les institutions", explique-t-elle. Sa prise en charge nécessite une approche pluridisciplinaire et un acteur qui coordonne l'ensemble des soins.
Les témoignages de victimes de burn-out révèlent également une grande disparité dans les soins reçus. Solène, infirmière à Toulouse, souligne qu'elle a été mal orientée, se retrouvant souvent comparée à des personnes dépressives. "Il manque des structures spécifiquement dédiées au burn-out" déplore-t-elle. Pour elle, le soutien d'un psychologue a été salvateur.
Brigitte Vaudolon, vice-présidente de la Fédération des Intervenants en Risques Psychosociaux, affirme que l'accompagnement pluridisciplinaire est essentiel pour une guérison durable. "Il faut aider les individus à repenser leur parcours professionnel tout en les soutenant psychologiquement." Enfin, certains, comme Anne-Marie, ont choisi d'explorer les médecines complémentaires comme la sophrologie dans leur quête de guérison, soulignant l'importance d'un environnement collectif de soutien. "Ces espaces me permettent de me concentrer sur ma confiance et sur l'estime de soi", ajoute-t-elle.
Chaque histoire de burn-out est unique, mais une chose est claire : le besoin croissant d'une prise en charge adaptée et reconnue. Comme le souligne un rapport de l'Assurance Maladie, le combat pour la reconnaissance de cette pathologie est fondamental pour prévenir et guérir les travailleurs épuisés.







