En crise depuis dix-huit mois, le secteur de la collecte des vêtements en France s'effondre. Le gouvernement espère introduire une réforme d'ici mars 2027.
La filière française de la collecte des vêtements est en état d'alerte, se disant « à bout de souffle », selon Maud Hardy, directrice générale de Refashion, l'éco-organisme qui supervise la transition vers une mode plus durable.
Ce constat, bien que connu, s'est exacerbé avec la crise actuelle. Lors d’une réunion récente, le ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, a dévoilé un plan pour relancer la filière. Un cahier des charges pour la responsabilité élargie des producteurs (REP) textiles devrait être prêt d'ici fin mars. Cependant, les premiers changements ne seront pas visibles avant 2027.
En 2024, la France a enregistré 891 309 tonnes de nouveaux textiles, mais seulement 289 393 tonnes de vêtements usagés ont été collectées. Maud Hardy rappelle que plus de 60 % de ce système repose encore sur l'exportation, surtout vers des marchés africains saturés de vêtements à bas coût. Ce surplus démantèle les prix et provoque des pertes financières pour les opérateurs de tri, entraînant une accumulation de stocks problématiques.
Les acteurs traditionnels, comme Emmaüs et La Croix-Rouge, font face à la concurrence accrue de plateformes numériques telles que Vinted. En conséquence, des milliers d'emplois sont menacés, comme le souligne Thomas Ladreyt chez Emmaüs France, qui évoque près de 5 000 postes concernés.
Un effondrement inquiétant
L'année dernière, le réseau de tri Le Relais a montré les enjeux en déposant des tonnes de vêtements devant des magasins. Son fondateur, Pierre Duponchel, a lancé un appel à l'aide : « Nous ne tiendrons pas un semestre sans action décisive. » Emmanuel Pilloy, président de Relais France, a ajouté une dimension économique à la situation : « Nous observons une augmentation de vêtements de piètre qualité qui impactent nos coûts. »
Permanent au milieu de cette crise, le soutien de Refashion est perçu comme insuffisant. Selon les acteurs de la collecte, ce qui a augmenté de 156 à 223 euros par tonne ne couvre pas les coûts de traitement actuels. Emmanuel Pilloy insiste : « Nous ne recevons qu'un centime sur chaque pièce vendue, ce n'est plus viable. »
Face à cette situation, le gouvernement a exhorté Refashion à proposer des solutions pour financer la fin de vie des vêtements rapidement, avec l'idée de renforcer l'émergence d'une véritable industrie du recyclage textile. Cette approche doit respecter une hiérarchie entre réemploi et recyclage.
Les nouvelles réformes incluent des pénalités pour les produits nocifs comme le polyester, ainsi que des primes pour les matériaux recyclés. Une traçabilité complète sera également imposée à chaque étape de la chaîne d'approvisionnement. Bien que ce plan soit considéré comme « plausible » par plusieurs acteurs du secteur, la vigilance est de mise et un chiffrage est encore attendu.
Yohann Petiot, directeur général de l’Alliance du commerce, a mis en en lumière l'accès inégal aux produits de meilleure qualité, affirmant qu’il doit y avoir un équilibre : « Nous ne voulons pas de discrimination entre tous les opérateurs ; chacun doit avoir sa place. » L'objectif reste élevé : atteindre 60 % de collecte d'ici 2028, un défi colossal face à la réalité actuelle.
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