Sion (Suisse) (AFP) – Le propriétaire français du bar incendié la nuit du Nouvel An dans la station de ski de Crans-Montana a été entendu mercredi par les avocats des nombreuses parties civiles, alors que des zones d'ombre persistent, notamment concernant les contrôles de sécurité incendie.
« J'espère que des réponses vont être données. On souhaite mieux comprendre les événements et établir les responsabilités », a déclaré Me Nicolas Mattenberger, avocat représentant les familles de victimes, en arrivant sur les lieux. Ce tragique incendie a coûté la vie à 41 personnes, et 115 autres ont été blessées, incluant de nombreux adolescents et jeunes adultes, parmi lesquels des citoyens français et italiens.
Leila Micheloud, dont deux filles ont été blessées dans l'incendie, a tenu à assister à l’audition de Jacques Moretti, le propriétaire du bar. « C'est un chemin vers la guérison. Nous cherchons la vérité, sans rien demander de plus », a-t-elle affirmé.
« Nous sommes dans une bataille. Je dois être ici… Je n'ai peur de rien, surtout quand vos enfants ont failli perdre la vie », a-t-elle ajouté, exprimant sa détermination.
Jacques Moretti est arrivé accompagné de son épouse Jessica, juste avant le début de l'audition. Le couple n’a pas fait de commentaire public. Jessica Moretti, qui co-dirige également le bar Le Constellation, sera entendue jeudi.
Une audition cruciale
Ces deux journées d'audition « visent à permettre aux avocats des parties civiles de poser des questions qu'ils n'ont pas pu aborder auparavant », a précisé le ministère public valaisan. Selon Me Fabrizio Ventimiglia, avocat pour certaines victimes, cette audition est « cruciale » pour obtenir des réponses significatives concernant la sécurité ainsi que sur la présence de clients dans le bar au moment des faits et l'éventuelle vente d'alcool aux mineurs.
Jacques Moretti avait été placé en détention provisoire le 9 janvier, avant d'être libéré le 23 après le versement d'une caution, tout en étant soumis à des mesures de contrainte. L’enquête menée contre lui et son épouse inclut des charges pour homicide et blessures par négligence, ainsi que pour incendie.
Les autorités ont élargi l'enquête pour inclure le responsable du service de sécurité de Crans-Montana, ainsi que son prédécesseur. Ces derniers ont été auditionnés respectivement au début de février et ont fourni des témoignages d'une durée de 12 heures.
« Les auditions ont permis de comprendre le fonctionnement des contrôles, mais de nombreuses questions demeurent », a commenté Me Mattenberger. Pour l'instant, « chacun tente de reporter la responsabilité sur l’autre », a regretté Me Didier Elsig, représentant plusieurs familles de victimes.

Selon l’enquête, l'incendie aurait été causé par des étincelles de bougies "fontaine" qui ont enflammé des matériaux insonorisants au plafond du sous-sol. Les autorités suisses doivent déterminer si les normes de sécurité étaient effectivement respectées, la commune ayant déjà reconnu que les contrôles incendie dans le bar n'avaient pas été réalisés depuis 2019.
Ce processus d'enquête, qui s'annonce long, a déjà donné lieu à une cinquantaine d'ordonnances et mandats divers depuis le début de l'année, tandis que plus de 2.000 pages de documents ont été collectées dans le cadre de ce dossier, impliquant près de 263 parties civiles représentées par 74 avocats.
De plus, une demande de récusation a été déposée à l'encontre des procureurs en charge de l'affaire, mais aucune décision n'a encore été rendue à ce sujet.
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