La disparition de l’ancien Premier ministre renoue avec le souvenir d’un homme politique respecté, imposant et intègre, même par ses adversaires.
Damien Desserre, de Saint-Pierre-des-Corps (Indre-et-Loire) : « De Lionel Jospin, je retiendrai sa droiture et son intégrité. Des qualités qui m’ont conduit à voter pour lui lors des présidentielles de 1995 et 2002. Ces qualités d’homme d’État manquent cruellement au paysage politique actuel. Sa disparition représente une perte immense pour la gauche et la République. »
Une gauche exigeante
Joël Goring, de Niort (Deux-Sèvres) : « Lionel Jospin n’était pas un jusqu’au-boutiste, mais son gouvernement de gauche plurielle a bénéficié d’une période de croissance favorable. »
Rigidité et vertu
« Je me rappelle qu’en 1998, l’Assedic disposait d’une "cagnotte" mais fournissait des stylos au lieu de permettre aux chômeurs d’épargner pour l’avenir. La loi sur les 35 heures, dont la première version allait même réduire les salaires, a engendré des négociations pour préserver le salaire contractuel sur 39 heures.
« Si l’on se souvient de son célèbre "il ne faut pas tout attendre de l’État", prononcé en 1999 face aux salariés de Michelin, quelques jours après la prise de fonction de son gouvernement, je me remémore également les ouvriers de Renault de Vilvorde en Belgique, qui sont venus manifester devant le siège social à Paris, une initiative audacieuse à l’époque. »
Vertu et destin
Jean-Pierre Lautman, de Saint-Avertin (Indre-et-Loire) : « Selon les Grecs, et en particulier Homer, la vertu (l’arétê, ἀρετή) est la qualité essentielle d’un homme, synonyme d’un comportement dédié à ses devoirs. C'est pourquoi le vertueux place son ambition personnelle au second plan, mettant en avant l’intérêt collectif, rejetant égoïsme et petites manigances.
« Aujourd'hui, il semble évident que les hommes et femmes politiques s’éloignent de cette vertu. Même si l'on n'approuve pas l’excès de Pascal qui disait que "la véritable vertu est de se haïr", il faut reconnaître que l'homme vertueux ne fait jamais de compromis avec des solutions éphémères et montre une certaine rigidité.
« En examinant l’histoire de la Ve République, il apparaît que seuls Charles de Gaulle et Lionel Jospin se sont montrés de cette trempe. Ils n’ont jamais plié leur ligne directrice, conférences de consensus délaissées, favorisant ainsi le verdict des urnes, c'est-à-dire le choix des électeurs.
« Toutefois, il ne faut pas être trop idéaliste ; dans un monde où la réussite est la seule mesure de valeur, ces personnages semblent aujourd’hui de plus en plus obsolètes. Comme l’a souligné Simone de Beauvoir : "Toute réussite déguise une abdication." C’est en se retirant de la vie politique que, paradoxalement, de Gaulle et Jospin n’ont pas abdiqué. »
Fin d'une ère
Jean-Claude Coin, de Niort : « Le décès de Lionel Jospin ne doit pas marquer la fin d’une époque. Cet homme, tel qu’on souhaiterait en voir davantage, était doté d’intégrité, d’autorité, de rigueur et d’une véritable exemplarité. En tant que pédagogue, il savait transmettre le sens de son action politique, éclairant ainsi le chemin de son quinquennat. Sa confiance a engendré une conjoncture économique favorable, conduisant à des avancées telles que les 35 heures, la couverture maladie universelle (CMU) et le PACS. La France progressait dans la certitude d’un avenir meilleur.
« Le 21 avril 2002 a laissé un goût amer. Les candidatures concurrentes au sein de la gauche, avec Jean-Pierre Chevènement et Christiane Taubira, ont divisé le vote, éliminant Jospin au second tour au profit de l’extrême droite, représenté par Jean-Marie Le Pen.
« L’éthique doit rester une valeur essentielle dans les choix citoyens. Surtout en ces temps où l’on constate les multiples procédures judiciaires visant des figures politiques, comme Nicolas Sarkozy ou une potentielle inéligibilité pour une ancienne candidate à la présidentielle de 2022. J’espère que l’exemplarité et la droiture de Lionel Jospin ne marquent pas la fin d’une époque, mais le début d’un avenir apaisé. »
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