À l'approche de l'élection présidentielle de 2027, les tensions ne se limitent pas à une simple lutte politique : on assiste à une véritable "bataille culturelle". Ce concept, largement utilisé par l'extrême droite, est également réapproprié par la gauche, alimentant des débats passionnés incluant des contreverses autour de Canal+ et des maisons d'édition comme Grasset.
Dernièrement, le directeur de Canal+, Maxime Saada, a suscité l'indignation en annonçant son intention de ne plus collaborer avec 600 professionnels du cinéma, à la suite d'une tribune critique envers son actionnaire Vincent Bolloré. Cette décision a rapidement entraîné des réactions politiques. Jean-Luc Mélenchon, figure insoumise, a accusé Bolloré de vouloir monopoliser la création cinématographique.
La porte-parole du groupe écologiste à l'Assemblée nationale, Léa Balage El Mariky, a quant à elle évoqué une "guerre" contre Bolloré, tandis que les représentants de droite prenaient une position moins critique, soutenant La chaîne et dénonçant les "excès de langage" des signataires de la tribune.
Un conflit similaire s’est déjà joué chez Grasset, où 200 auteurs ont annoncé leur départ en réaction au licenciement d’Olivier Nora, son PDG. Le climat politique est tendu, comme l’a souligné une ministre de la majorité qui rappelle les conséquences de la récente commission d’enquête sur l’audiovisuel public.
Cependant, les questions culturelles ne figurent pas parmi les priorités des Français, qui s’inquiètent davantage de la hausse du pouvoir d'achat et des enjeux de sécurité. Pourtant, le Rassemblement national est convaincu que la culture peut mobiliser ses électeurs, comme l’explique le politologue Emmanuel Rivière. "Les élites culturelles sont souvent perçues comme de gauche, mais la droite s’approprie désormais les débats culturels avec un sentiment de revanche", analyse-t-il.
Aux États-Unis, cette "guerre culturelle" est bien ancrée, avec des républicains et des démocrates en désaccord sur ce qui est promu dans les musées ou les films. En France, si le phénomène est moins intense, l'extrême droite adopte l'idée d"‘hégémonie culturelle" cher à Antonio Gramsci comme stratégie pour accéder au pouvoir.
Dans ce contexte, des événements comme les banquets du "Canon français", qui célèbrent les valeurs traditionnelles, témoignent de cette dynamique. Pierre-Edouard Stérin, un milliardaire conservateur, est impliqué dans des entreprises souvent critiquées par la gauche pour leur tendance à promouvoir un projet identitaire.
Cependant, la gauche ne reste pas inactive et tente de revendiquer cet espace culturel. François Ruffin, ancien insoumis et candidat potentiel pour 2027, a récemment déclaré qu’il fallait contrer la monopolisation du "récit national" par la droite, suggérant même un "Puy du fou de gauche" en référence au parc d'attractions patriotique du souverainiste Philippe de Villiers.
De plus, Matthieu Pigasse, figure de la gauche engagée et de l’industrie culturelle, a affirmé son intention de mener une "bataille culturelle" à travers son groupe, propriétaire d'organisations comme Les Inrockuptibles, connu pour sa ligne pro-gauche radicale.
Avec des acteurs tels que Vincent Bolloré, souvent accusé de favoriser des opinions de droite via ses médias, et Matthieu Pigasse, dont les ambitions politiques restent floues, la prochaine campagne présidentielle pourrait être marquée par cette confluence inédite entre culture et politique.







