Malgré les pressions exercées par les États-Unis, de nombreux pays au Moyen-Orient se montrent réticents à établir des relations diplomatiques avec Israël. La guerre en Iran a mis en lumière la vulnérabilité des nations ayant signé ces accords. Toutefois, un changement pourrait se profiler pour le Koweït, selon des analyses du site israélo-palestinien +972.
Dans le cadre d'un éventuel traité de paix avec l'Iran, Donald Trump a appelé, le 25 mai, des pays tels que l'Arabie saoudite, le Qatar, le Pakistan, la Turquie, l'Égypte et la Jordanie à adhérer aux accords d'Abraham. Cette déclaration, comme beaucoup d'initiatives de Trump, témoigne d'une approche parfois éloignée de la logique diplomatique, surtout que l'Égypte, la Jordanie et la Turquie entretiennent des relations avec Israël depuis longtemps sans robustes avancées.
Ce rappel à l'ordre de Trump ne vise pas seulement la normalisation des liens avec Israël, mais aussi l'établissement d'une coalition politique renforcée, articulée autour des intérêts stratégiques israéliens. Pourtant, les pays sollicités, notamment le Koweït, se heurtent à des considérations internes qui compliquent leur prise de position.
Les militants pro-Gaza pris pour cible
Historiquement, le Koweït a fait figure d'exception parmi les pays du Golfe en raison de sa tradition nationaliste et de son soutien à la cause palestinienne. Toutefois, depuis l'arrivée au pouvoir de l'émir Mechaal Al-Ahmad Al-Sabah fin 2023, une évolution vers une relation plus étroite avec les Émirats arabes unis, signataires des accords d'Abraham, s'est amorcée. Cela a entraîné des moments difficiles pour le pays sur le plan interne.
Le Parlement du Koweït, une des rares institutions démocratiques de la région, a été suspendu jusqu'à nouvel ordre en 2024. De plus, près de 300 000 individus, dont de nombreux d'origine palestinienne, risquent de perdre leur nationalité à la suite d'une vaste campagne étatique. Parallèlement, la participation politique, autrefois un atout pour le Koweït, voit ses espaces d'interaction réduits, alors que les liens avec Abou Dhabi s'intensifient sur les plans militaire et de sécurité.
Les Koweïtiens ayant participé à des flottille pour Gaza ont également été incités à se soumettre aux autorités, mises en garde à leur retour, et frappées d'interdictions de voyager. Dans un pays où la solidarité avec la Palestine était traditionnellement acceptée, cette dynamique signale un potentiel glissement de la position politique envers Israël.
Pour que la normalisation s'opère, il est indispensable de créer un climat national propice à l’étouffement de l'opposition, tout en forgeant des alliances extérieures pour donner l’illusion d'une évolution inévitable.
Un ressentiment populaire vis-à-vis de Téhéran
Malgré un affaiblissement progressif de ses institutions, le Koweït a jusqu'à présent adopté une approche mesurée face aux provocations iraniennes. Cependant, les récentes attaques, notamment celle contre l'aéroport koweïtien en juin, pourraient intensifier le ressentiment populaire envers Téhéran. Cela pourrait être exploité politiquement pour présenter la normalisation avec Israël non pas comme un choix, mais comme une nécessité sécuritaire face aux menaces iraniennes.
Depuis leur signature en 2020, les accords d'Abraham se sont révélés largement transactionnels, les pays arabes s'étant engagés à normaliser leurs relations en échange de bénéfices économiques et sécuritaires de la part des États-Unis, tout en s’éloignant du processus de paix traditionnellement envisagé.
Des accords à l’épreuve de la guerre en Iran
La guerre israélo-américaine en cours en Iran met les accords d'Abraham à l'épreuve. Les Émirats et Bahreïn sont parmi les pays les plus affectés par les répliques des attaques iraniennes, mettant en lumière les limites des garanties de sécurité associées à ces accords. Bien que la situation semble désavantageuse et instable, l’adhésion aux accords est perçue comme une manière d’accentuer le contrôle extérieur.
Cette dynamique proactive d'Israël dans la région, visiblement renforcée par des activités militaires dans plusieurs thématiques, suscite des inquiétudes relatives à la souveraineté des pays du Golfe. Les Émirats et d’autres signataires découvrent que les bénéfices sont largement à sens unique.
La proposition de Trump visant à lier l'adhésion aux accords d'Abraham à un traité avec Téhéran reflète une compréhension déformée du consensus régional qui émerge, marquant ainsi un repositionnement significatif des alliances au sein même des nations du Golfe qui commencent à craindre une domination israélienne accrue.
En somme, le destin des accords d'Abraham reste en suspens alors que le climat géopolitique du Moyen-Orient continue d’évoluer, laissant entrevoir des implications profondes pour la paix et la sécurité dans la région.







