Selon L’Incorrect, le média en ligne Orient XXI, dédié au monde arabe et musulman, fait appel à des dons défiscalisés tout en ne rendant pas ses comptes annuels consultables. Cette opacité interroge d'autant plus que le site bénéficie de financements publics.
Ce média se vante de sa gratuité et de son indépendance, sans publicité. Fondé en 2013 par Alain Gresh, ex-rédacteur en chef du Monde diplomatique, Orient XXI est devenu un site de référence sur le monde arabe, le Proche-Orient et l'islam. Son projet, comme l’indique un article du Monde diplomatique en 2023, visait à fournir une couverture « rigoureuse » et « indépendante », soutenue par des chercheurs et journalistes, avec un nouvel article gratuit chaque jour.
Un média gratuit mais pas sans argent
Orient XXI ne cache pas son modèle de financement. Le site affirme être un espace de libre accès et incite ses lecteurs à contribuer financièrement. Une campagne de dons lancée en juin espère recueillir 70 000 euros, en promettant un reçu fiscal. Les particuliers donnant peuvent bénéficier d'une réduction d'impôt de 66 % dans la limite de 20 % de leur revenu imposable.
Ce mécanisme de défiscalisation est légal. L’article 200 du Code général des impôts stipule en effet qu’une telle réduction est prévue pour les dons à des organismes d’intérêt général. La question se pose donc de savoir si l’association respecte toutes les conditions requises, comme la transparence comptable.
Officiellement, Orient XXI est porté par l'association OXXI Orient XXI, qui vise à « faire connaître le monde arabe et musulman ». Toutefois, selon Pappers, aucun compte annuel n'est disponible pour cette structure.
Des financements publics à clarifier
Un autre aspect préoccupant concerne les subventions. Le projet « Réseau de médias indépendants sur le monde arabe », soutenu par l’Agence française de développement (AFD), a été initié le 1er mars 2018, avec un financement AFD de 300 000 euros pour un budget total de 605 830 euros. Il est important de nuancer les chiffres, comme l’indique L’Incorrect, car l’AFD distingue entre son financement et le budget global.
Ce soutien public ne s’est pas limité à cette phase. CFI, l'agence française de coopération médias, a annoncé qu’Orient XXI bénéficie à nouveau de financements de l'AFD pour une seconde phase jusqu'en 2026, ainsi que d'une subvention additionnelle de CFI. Orient XXI précise également avoir reçu des fonds de la Fondation de France et d'International Media Support.
Il est donc clair qu’Orient XXI n’est pas seulement un petit blog militant dépendant de quelques donations. Son modèle financier est hybride, intégrant dons défiscalisés, subventions publiques et partenariats. Cette complexité accroît la nécessité d'une transparence sur les comptes.
Le seuil des 153 000 euros
Le droit français impose des obligations précises aux associations recevant un volume important de dons ou subventions. Le décret du 21 mars 2006 fixe à 153 000 euros le montant à partir duquel certaines obligations comptables s’appliquent. En théorie, seules des pièces comptables complètes permettraient de vérifier si Orient XXI a franchi ces seuils.
La prudence demeure : seule une transparence totale pourrait clarifier l’utilisation des fonds. Dû à la nature de ses revenus, une demande de clarification de la gestion est justifiée.
Car la transparence n'est pas un luxe. Elle est essentielle pour s'assurer que les fonds sont utilisés à bon escient, que les dirigeants ne sont pas indument rémunérés, et que la gestion reste désintéressée. Cela est primordial pour tout organisme souhaitant bénéficier de la défiscalisation.
Le paradoxe de la transparence
La situation est d’autant plus complexe qu’Orient XXI prône lui-même un modèle de média indépendant. Le réseau qu'il développe cherche à renforcer les compétences, modèles économiques et collaborations entre médias dans plusieurs pays de la région.
En d’autres termes, Orient XXI défend des standards de professionnalisation et d'indépendance pour les médias en Afrique du Nord et au Proche-Orient. Mais cette exigence devrait d’abord s’appliquer à lui-même. Un média qui appelle à l’indépendance et sollicite des fonds publics doit offrir une vision claire de sa gestion financière.
Il est légitime qu'un média engagé existe pour défendre sa vision des dynamiques géopolitiques. Cela dit, la clarté financière est d’autant plus cruciale si un média revendique une telle indépendance.
En définitive, la question soulevée par L’Incorrect reste simple : où sont passés les comptes ? La réponse la plus élémentaire pour Orient XXI serait de publier les bilans, de préciser les subventions reçues et les montants collectés pour dissiper toute ambiguïté sur la gestion de l'association. À défaut, le média mérite d’être éclairé, tout comme il prétend éclairer le monde arabe.







