Farah Keram, journaliste culinaire, a grandi au cœur de la gastronomie algérienne. Élevée à Paris dans le 20e arrondissement, elle s'est nourrie des saveurs de ses parents, tous deux cuisiniers, qui ont imprégné sa jeunesse de traditions culinaires riches et variées. Ce lien profond avec la cuisine se traduit aujourd'hui dans son dernier livre, qui régorge de recettes évocatrices et d'histoires personnelles.
« Mon père était kabyle et ma mère algéroise ; leur approche de la cuisine, bien qu'elle soit ancrée dans des racines communes, était très distincte », explique Farah. Son père, après une enfance difficile marquée par la sous-nutrition, était déterminé à préparer des plats traditionnels, souvent carnés et concoctés avec une profusion d'herbes aromatiques pour apporter chaleur et réconfort. En revanche, sa mère attachait une importance symbolique aux repas, créant un espace sacré autour de la table familiale. « Dans notre culture, un repas est un moment de partage, un espace de rituels empreints de sérénité », ajoute-t-elle.
Redécouvrir ses racines à travers la cuisine
Ce n'est qu'après avoir quitté le domicile familial pour poursuivre ses études que Farah s'est aventurée dans la cuisine. C’est à Rome, loin de chez elle, qu'elle a commencé à expérimenter les recettes qui lui étaient chères. « Un jour, j'ai ressenti le besoin de préparer une kesra, cette galette emblématique de l'Afrique du Nord. Ne trouvant pas de boulangerie qui la proposait, je me suis lancée dans sa préparation. Les gestes que j'avais observés durant mon enfance se sont naturellement imposés à moi. »
La période du confinement, notamment durant le Ramadan, a été pour Farah un moment de profonde introspection. Elle s'est alors tournée vers ses racines culinaires, cherchant à recréer les plats de son enfance comme le chorba et la harira. En contactant les femmes de sa famille pour recueillir leurs recettes, elle a réalisé l'importance des récits féminins dans la transmission de cette culture riche. « Ce livre est une ode à ces femmes », souligne-t-elle. « Le titre Houma, qui signifie 'elles', était même envisagé pour rendre hommage à cette transmission. »
En effet, comme l'expliquent des chercheurs de l'université de Paris, la cuisine d'Afrique du Nord est un reflet des diasporas et des migrations, tissant des liens forts entre identité et gastronomie. Farah veut montrer que, même si les cuisines varient d'un pays à l'autre, elles partagent une essence commune qui transcende les frontières. Chaque plat raconte une histoire, un moment de partage qui peut construire des ponts au-delà des différences culturelles.
Écrire sur la cuisine algérienne n’est pas uniquement un acte de souvenir pour Farah ; c’est aussi un moyen de redécouvrir sa propre identité. Son ouvrage nous invite à réfléchir à la place de la gastronomie dans nos vies, au-delà de la simple préparation alimentaire. Il lui permet de reconnecter avec son héritage tout en célébrant la diversité culinaire du Maghreb, un appel à l’unité par le biais d’une passion commune : la cuisine.







