Ce mercredi 29 janvier, l'Assemblée nationale a voté à l'unanimité une proposition de loi reconnaissant les souffrances vécues par les mineurs réunionnais déplacés de force entre 1962 et 1984, une tragédie qui a touché plus de 2 000 enfants.
De nombreux adultes, anciens enfants déracinés, étaient présents dans l'hémicycle. La députée de La Réunion, Karine Lebon, du groupe GDR (communistes et ultramarins), a plaidé avec émotion pour sa proposition, les larmes aux yeux.
"Nous n'avons pas le pouvoir de leur rendre leur enfance (...) mais celui d'affronter l'histoire", a exprimé la députée.
La loi créée prévoit l'établissement d'une commission de la mémoire, l'institution d'une journée d'hommage chaque 18 février, et l'ouverture d'un droit à réparation sous forme d'une allocation forfaitaire. Karine Lebon a précisé que "réparer ne signifie pas tourner la page, mais rendre ce qui peut l'être".
Un choc culturel et émotionnel
Karine Lebon a rappelé le mensonge dont ces enfants ont été victimes, leur promettant de briller en tant qu'avocat ou médecin.
Pourtant, ces enfants ont été arrachés à leurs familles et à leur culture, confrontés à un choc linguistique et climatologique dévastateur. Le rapport de la commission des affaires sociales souligne que beaucoup ont vécu des abus et des humiliations, certains ignorant même leur véritable identité.
Marie-Germaine Périgogne, présente dans les tribunes, a partagé son histoire douloureuse. Déportée à l'âge de trois ans, elle a découvert à l'adolescence qu'elle avait grandi sous une fausse identité. "Je suis tombée sur des papiers qui révélaient mon véritable nom", a-t-elle expliqué, illustrant ainsi les conséquences dévastatrices de cette politique.
Un appel à la résilience
Après le vote, Marie-Germaine Périgogne, également présidente de la Fédération des enfants déracinés des DROM, a exprimé son soulagement et son émotion : "Nous avons besoin de trouver ce chemin de la résilience". Elle espère maintenant que le texte sera rapidement adopté par le Sénat.
La loi désigne désormais ces victimes comme les "mineurs de La Réunion transplantés" au lieu de "enfants de la Creuse". Ce changement de terminologie vise à reconnaître l'ensemble de cette politique d'État, qui a été qualifiée de "faute" par Emmanuel Macron en 2017, aggravant ainsi la détresse de ces enfants.
Les mesures envisagées s'inspirent de précédentes législations sur les rapatriés d'Afrique du Nord et les harkis, avec des dispositifs similaires de reconnaissance et de réparations. L'allocation sera accessible sur demande par les victimes et leurs descendants. Entre 200 et 250 personnes parmi les 2 015 ont été clairement identifiées, selon Karine Lebon.







