"Un message profondément déconcertant": plusieurs élus de Guadeloupe, Martinique et Guyane se sont élevés vendredi contre l'abstention de la France lors du vote aux Nations unies d'une résolution qualifiant l'esclavage et la traite transatlantique comme "les plus graves crimes contre l'humanité".
Béatrice Bellay, députée PS de la Martinique, a exprimé son indignation dans un communiqué, soulignant que la France envoie un "signal profondément incompréhensible", alors qu'elle a été pionnière en matière de reconnaissance des horreurs de l'esclavage avec la loi Taubira du 21 mai 2001.
Cette résolution, bien que non contraignante juridiquement, est décrite comme "un acte politique et mémoriel majeur" par le député apparenté socialiste guadeloupéen Christian Baptiste, qui considère la position de la France comme un "recul". Il espère que cela servira à entamer un dialogue international sur les conséquences durables de l'esclavage.
Pour Marcellin Nadeau, député martiniquais (GDR), la France a ainsi "affaibli sa crédibilité" aux yeux des peuples d'outre-mer, dénonçant un refus systématique de reconnaissance totale envers les ultramarins.
Dans une lettre adressée à Emmanuel Macron, le sénateur guadeloupéen Victorin Lurel a qualifié cette abstention de "faute morale, historique, diplomatique et politique", ajoutant que cela ternit l'image de la France et complique la réconciliation avec ses anciennes colonies.
Le Mouvement de décolonisation et d'émancipation sociale de Guyane, dont fait partie le député Jean-Victor Castor, a également exprimé son mécontentement, affirmant que "l'esclavage ne constitue pas qu'un crime du passé", car ses conséquences survivent dans les inégalités contemporaines.
Ce mouvement appelle ainsi l’ONU à réintégrer la Guyane dans la liste des territoires non autonomes et à forcer la puissance administrante à accepter un plan de décolonisation, une exigence qui trouve écho dans les discours actuels sur la revalorisation des droits des peuples.
Adoptée mercredi avec le soutien de 123 pays, cette résolution, présentée par le Ghana et soutenue par l'Union africaine, a vu 52 pays s'abstenir, dont le Royaume-Uni et plusieurs États membres de l'Union européenne.
Elle désigne spécifiquement "la traite des Africains réduits en esclavage et l'esclavage racialisé des Africains" comme de "graves crimes contre l'humanité", condamnant cette "injustice inhumaine et persistante".
Les critiques de la résolution estiment cependant qu'elle risque de créer une hiérarchie entre les souffrances historiques. Sylvain Fournel, représentant français à l'ONU, a ainsi mis en garde contre une compétition entre tragédies historiques, plaidant plutôt pour un respect indéfectible de la mémoire des victimes.







