Ce lundi, en réaction à la surpopulation carcérale alarmante et aux effectifs insuffisants, les surveillants pénitentiaires mobilisés par le syndicat Ufap-Unsa Justice ont mené des actions de blocage dans divers établissements à travers la France. Ce mouvement de protestation vise à alerter sur des conditions de travail et de détention jugées inacceptables.
Des pneus, palettes et autres matériaux ont été disposés devant les entrées des prisons. Selon des données officielles, au 1er mars, le taux d'occupation s'élevait à 137,5% avec 87.126 détenus pour moins de 63.500 places disponibles. De plus, moins d’un tiers des 15.000 places prévues par le plan national de 2018 ont été mises en service. Le ministère de la Justice projette toutefois d’ouvrir 3.000 places supplémentaires, dont la moitié d’ici l'an prochain.
Conditions alarmantes dans plusieurs établissements
Dans certains cas, la situation est encore plus critique. Par exemple, la maison d'arrêt de Nîmes frôle les 250% d’occupation avec 700 détenus pour 341 places, tandis qu'à Perpignan, 117 matelas sont posés au sol en raison d'un manque de lits. La prison de Rochefort en Charente-Maritime présente également des chiffres inquiétants avec 125 détenus pour 52 places disponibles, selon ICI La Rochelle.
Un quotidien épuisant pour les surveillants
Sur le terrain, les surveillants témoignent d'une réalité quotidienne éprouvante. À Valence, Fabrice Salamone, délégué local de l'Ufap-Unsa Justice, souligne : "Nous ne disposons pas de suffisamment de personnel pour assurer notre mission, et nous faisons face à une surpopulation pénitentiaire extrême, entassant jusqu'à cinq détenus dans une cellule." Dans un contexte de crise, cette situation engendre un climat d'insécurité indéniable.Christophe Poirel, secrétaire régional adjoint de l'Ufap-Unsa Justice, abonde dans son sens : "Les agents accomplissent souvent 80 à 100 heures sup. par mois. Les conditions de travail deviennent une préoccupation majeure tant pour les surveillants que pour les détenus, dont beaucoup souffrent de maladies mentales non traitées." Un représentant de la CGT pénitentiaire évoque également des tensions exacerbées par l'augmentation des profils psychologiques difficiles.
Des conditions de détention jugées indignes
Les avocats du barreau d'Amiens expriment des préoccupations quant au traitement des détenus. L'un d'eux, Me Marc Blondet, s’indigne : "Peu importe la gravité de l'infraction, il est intolérable que des détenus vivent à quatre dans une cellule de 9 m²." À Aix-Luynes, un ancien détenu évoque une réalité crue : "Les cafards, la violence, on est laissés à nous-mêmes. Un de mes amis s'est pendu, et les surveillants n'arrivaient pas à nous secourir à temps."
Risques accrus de récidive
La santé mentale des détenus est un sujet préoccupant et souvent ignoré. Me Guillaume Demarcq, ancien bâtonnier, attire l'attention sur les risques accrus de récidive parmi les détenus négligés sur le plan psychologique. L'éducateur Mohamed Benmeddour alerte également sur le fait qu'une sortie précipitée de prison sans soutien adéquat peut accentuer les comportements criminels.
Appels à l’action politique
Dominique Simonnot, contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, critique avec fermeté l'inaction des décideurs politiques. Elle met en lumière des conditions épouvantables, citant un besoin urgent de réformes pour améliorer les situations des détenus et des surveillants.
Avec environ 5.000 postes vacants à travers le pays, le gouvernement prévoit d'ouvrir des places supplémentaires, mais des critiques persistent : une action rapide et efficace s'avère nécessaire pour éviter une crise qui dure depuis trop longtemps. Selon Christophe Poirel, "sans recrutement, nos prisons sont vouées à couler".







