Selon un rapport alarmant révélé par plusieurs associations, la durée de détention des étrangers dans les centres de rétention administrative (CRA) a considérablement augmenté, doublant en cinq ans, sans que cela ne se traduise par un nombre accru d’expulsions. Ce constat a été établi à l'approche de l'examen d'un nouveau texte au Sénat visant à prolonger cette durée.
En 2025, 16.467 personnes étaient enfermées dans les 22 CRA de France contre 16.228 en 2024, d'après le bilan élaboré par des organismes tels que Forum réfugiés, France terre d’asile et la Cimade. Cette augmentation est préoccupante et met en évidence un allongement inquiétant des conditions de détention.
Un profil majoritairement maghrébin
Les ressortissants des trois principales nations du Maghreb occupent des positions prédominantes parmi ceux retenus : les Algériens (30 %), les Tunisiens (11 %) et les Marocains (10 %). Bruno Retailleau, alors ministre de l’Intérieur, avait déjà tenu des discussions difficiles avec l’Algérie concernant le rapatriement de ses ressortissants.
Pour ce qui est des départements d'Outre-mer, 27.568 individus ont été placés, avec 96 % de ces détentions se concentrant dans le seul CRA de Mayotte, dont 3.074 étant des mineurs. La plupart des retenus l'ont été à la suite de contrôles de police (46,3 %) ou à leur sortie de prison (29 %).
Une rétention qui s'allonge
« En 2025, nous assistons à une des années les plus préoccupantes pour le respect des droits des personnes étrangères », affirment les ONG. La durée moyenne de rétention a ainsi franchi la barre des 33 jours, bien au-delà des 17 jours enregistrés en 2020. Environ 2.000 individus ont été enfermés pour des périodes maximales de 90 jours, tandis que 36 % des personnes retenues ont réellement été expulsées, une légère baisse par rapport à 2024.
Un détournement de la finalité des CRA
Les organisations expriment leurs craintes face à ce qu’elles considèrent comme un détournement des CRA de leur mission originelle, l'expulsion rapide des individus. « Plus la rétention s’allonge, moins elle parvient à éloigner », illustrent-elles. Une réforme envisageant d'accroître cette durée est actuellement en discussion. Le député Charles Rodwell défend une proposition permettant d'augmenter le délai de rétention jusqu'à 210 jours pour certaines catégories de personnes. Cette initiative, bien que controversée, pourrait entrer en vigueur cet été.
Cette situation mérite une attention accrue pour équilibrer sécurité et dignité humaine, comme le soulignent divers experts du domaine, mettant en avant les conséquences potentielles sur les droits fondamentaux des personnes concernées.







