Les résultats de l'étude Kannari 2, dévoilés le 24 juin 2026, mettent en lumière les graves conséquences sanitaires et environnementales de l'usage du pesticide chlordécone aux Antilles. Près de 30 ans après son interdiction, cette substance est encore largement présente dans les organismes des habitants.
Cette enquête, menée par Santé publique France, indique une légère amélioration par rapport aux données de 2013. En effet, le pourcentage d’Antillais présentant des traces détectables de chlordécone dans le sang est passé de 90 % à 80 % au sein d’un échantillon de 3000 personnes. Toutefois, cette statistique révèle encore un taux alarmant de contamination.
En Guadeloupe, 14,3 % des adultes dépassent la valeur toxicologique établie par l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), tandis qu’en Martinique, ce chiffre grimpe à 18,7 %. Ces niveaux de contamination laissent entrevoir des risques pour la santé de la population, comme l’a souligné le rapport.
Pêcheurs et agriculteurs en première ligne
Les taux de contamination varient considérablement selon l’âge et le métier. Les personnes de plus de 50 ans en sont particulièrement affectées, probablement en raison d’une exposition prolongée. Marc Ruello, épidémiologiste à l'Anses, précise que l'alimentation, notamment la consommation de produits marins tels que poissons et crustacés, constitue la principale source d'imprégnation.
Les analyses mettent également en évidence un lien entre l'approvisionnement via l'économie informelle et des risques accrus de contamination. Les pêcheurs, les agriculteurs, ainsi que les femmes en âge de procréer, se révèlent les plus touchés par cette situation critique.
Les sols et les cours d’eau, longtemps contaminés, resteront affectés par le chlordécone, dont la persistance dans l'environnement peut atteindre jusqu'à 600 ans.
Indemnisation toujours en attente
Actuellement, une mission interministérielle s'est engagée à définir les modalités d'indemnisation des victimes de ce scandale sanitaire, comme l’a annoncé Anne-Gaëlle Baudouin, directrice générale des Outre-mer. Cette initiative résulte de la récente loi Califer, qui reconnait la responsabilité de l'État et fixe un délai d'un an pour établir des protocoles d'indemnisation.
Les personnes ayant subi une forte imprégnation pourront prétendre à la dépollution de leurs terres et eaux, en plus d'études sur certaines maladies, principalement chez les femmes. Malgré la reconnaissance officielle des responsabilités, l'absence de réponses pénales pour les victimes laisse un goût amer, d'autant plus que la Cour d’appel de Paris a récemment rejeté la demande de réouverture de l’enquête, comme le rapporte L'Humanité.







