Les élections provinciales de dimanche dernier, les premières depuis 2019, ont permis aux partis non-indépendantistes de renforcer leur position en Nouvelle-Calédonie, sans toutefois atteindre la majorité au Congrès, selon les résultats préliminaires fournis par le haut-commissariat. La liste d'union Les Loyalistes-Le Rassemblement a gagné 24 des 54 sièges, une progression par rapport aux 19 sièges de la précédente mandature, mais n'atteint pas la barre des 28 sièges nécessaires pour obtenir une majorité absolue.
Parallèlement, les partis indépendantistes totalisent 26 sièges, répartis entre trois listes distinctes : le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) avec 16 sièges, l'UNI-Palika avec 7, et la Dynamique autochtone avec 3. Le parti Éveil océanien (EO), fondé en 2019 pour représenter les 22.000 Wallisiens et Futuniens, émerge comme un acteur clé avec quatre élus, se plaçant ainsi en position d'arbitre dans ce contexte politique fragmenté.
Ces élections se caractérisent également par l'effondrement des listes non-indépendantistes modérées, qui se sont révélées trop divisées pour dépasser le seuil de 5 % des voix, limitant ainsi leur représentation au Congrès. Ce climat de tension s'est intensifié depuis les émeutes de mai 2024 qui avaient déjà ébranlé le territoire.
Durant ce scrutin, quelque 192.500 électeurs ont été appelés à élire 76 conseillers répartis dans les trois provinces - Sud, Nord et Îles calédoniennes, dont 54 siègent au Congrès. En province Sud, qui abrite 75 % de la population et constitue le cœur de l'économie calédonienne, les élections ont vu la liste des Loyalistes-Le Rassemblement, dirigée par la présidente sortante Sonia Backès, remporter 50,14 % des suffrages, suivie du FLNKS à 15,59 % et de l'Éveil océanien à 10,2 %.
En province Nord, bastion indépendantiste, l'UC-FLNKS a surpassé l'UNI de Paul Néaoutyine avec 39,93 % des voix contre 35,72 %. Aux Îles Loyauté, l'UC-FLNKS et la Dynamique autochtone se sont retrouvés au coude-à-coude, tandis que le Palika fermait la marche.
Avec aucun des deux camps n'atteignant une majorité, le processus de formation d'une coalition pour désigner un président du Congrès est désormais crucial. Laurie Humuni, élue pour le FLNKS, a souligné l'importance de l'unité entre les indépendantistes, déclarant que "l'accord de Bougival signé en 2025 n'a plus sa place dans le paysage calédonien". De l'autre côté, Sonia Backès a qualifié les résultats de "vote utile", affirmant qu'ils envoient un message clair en faveur du maintien de la Calédonie dans la République.
Les élections ont également été marquées par une baisse de la participation, tombée à 63,71 %, contre 66,50 % lors des précédentes élections de 2019. Bien que le scrutin se soit déroulé dans un climat calme, des dispositifs de sécurité imposants ont été mis en place, avec environ 2.400 membres des forces de l'ordre déployés sur le terrain.
Cédric Ixeco, un Kanak de 43 ans, a souligné l'importance du vote pour les générations futures : "Mes grands-parents se sont bagarrés pour avoir ce droit de vote. Que le meilleur gagne, mais il faut venir voter, c'est important". Barbara Meylan, une électrice de 53 ans, a exprimé l'espoir de stabilité pour le pays, précisant : "Il est primordial, ce scrutin, et il y a beaucoup d'attente".
Le corps électoral, gelé depuis 2007, a été élargi cette année pour inclure 10.575 résidents jusque-là exclus. Cela a porté le nombre d'inscrits de 169.000 en 2019 à 192.500. Ce vote est perçu comme un test crucial avant la reprise des négociations institutionnelles promise par le Premier ministre Sébastien Lecornu, qui espère parvenir à un accord d'ici la fin de l'année. Cependant, les positions des différents partis semblent encore éloignées, le FLNKS réclamant un nouveau cycle de discussions, tandis qu'une partie des loyalistes estime que les principaux compromis ont déjà été réalisés.







