En observant une rivière polluée à Chirongui, Zarianti Houmadi exprime son inquiétude. "Les déchets attirent les moustiques, cela fait vraiment peur", confie-t-elle alors que le paludisme, disparue depuis des années, refait surface dans ce département français.
Selon le dernier rapport de Santé publique France (SpF) publié le 26 juin, 244 cas de paludisme ont été constatés depuis le début de l'année, dont 25 sont des cas autochtones. Pour comparer, seulement 111 cas avaient été enregistrés sur l'ensemble de l'année 2025, dont cinq provenant du territoire.
Dans le marché local, l'information semble avoir du retard. "Je ne savais pas qu'il y avait du palu ici", s'étonne Nini Irene. Plusieurs passants partagent son ignorance sur le retour de cette maladie.
Avant cette résurgence, Mayotte semblait sur la bonne voie pour éliminer le paludisme, ayant atteint un objectif d'élimination en 2014 selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), avec aucun cas local signalé depuis 2020.
D'après Youssouf Hassani, délégué régional de SpF, l'augmentation des cas dans des pays voisins, notamment les Comores et Madagascar, a entraîné cette situation préoccupante. Les Comores signalent plus de 20.000 malades chaque année, tandis que Madagascar a enregistré 2,8 millions de cas en 2023. "Nous avons presque triplé le nombre de cas importés entre 2023 et 2024", déclare-t-il.
Actuellement, dans des zones comme Chirongui, Bandrélé et Dembéni, la circulation du parasite est observable, surtout avec la présence de moustiques anophèles, vecteurs du paludisme. Bien que la situation ne soit pas qualifiée d'épidémie, elle est jugée alarmante par les autorités.
La maladie, causant de graves symptômes tels que fièvre et douleurs, peut être mortelle. Au début de 2026, 71 personnes ont été hospitalisées, avec quatre mises en réanimation. Selon l'OMS, le paludisme tue annuellement environ 600.000 personnes dans le monde.
Alima Slaï, résidente de Malamani, s'inquiète de la capacité du système de santé à réagir, Mayotte étant le département français avec la plus faible densité médicale. "Il n’y a pas assez de médecins, surtout pour nos enfants", souligne-t-elle.
Face à cette recrudescence, l'Agence régionale de santé (ARS) de Mayotte prend des mesures rapides dès qu'un cas est détecté. Des opérations de dépistage sont mises en place, accompagnées de programmes de lutte anti-vectorielle pour cartographier et réduire les gîtes de moustiques.
Contrairement au moustique tigre qui prolifère en milieu urbain, le moustique anophèle se trouve principalement dans des environnements ruraux, notamment les rivières, difficiles à assainir. Fatiha Djabour, directrice de la santé publique de l'ARS, souligne cette complexité.
Les autorités distribuent également des moustiquaires imprégnées de répulsifs, essentielles car le moustique agit surtout la nuit. Bruno Morel, du département de sécurité et des urgences sanitaires de l'ARS, recommande port de vêtements longs et utilisation de répulsifs.
Zarianti Houmadi souhaite une généralisation de la distribution de moustiquaires, énonçant : "Je n'ai pas pu en acheter, c'est trop cher". Dans une pharmacie, les prix des répulsifs varient de sept à quinze euros, tandis qu'une moustiquaire adaptée coûte environ 25 euros — un coût conséquent pour une majorité de la population qui vit avec moins de 260 euros par mois.







