L'enlisement du gouvernement de Sébastien Lecornu au cœur tumultueux du Palais-Bourbon, associé à l'usage du 49.3, souhaité pourtant écarté, accentue une défiance enracinée parmi les Français vis-à-vis du régime parlementaire. On ne peut ignorer que cette démocratie représentative n’a jamais été facile à établir dans notre pays depuis 1789. Les dix années de la Révolution, se concluant par le Directoire, témoignent de cette difficulté persistante. Incapable de gérer la Constitution de 1795, le Directoire subit un coup d'État de Bonaparte. Plus tard, en 1958, l'Assemblée nationale démontre son impuissance face à une insurrection à Alger, ce qui entraîne la chute de la Constitution de 1946 et le retour de De Gaulle au pouvoir.
La IIIe République, bien qu'elle ait duré soixante-cinq ans, a elle aussi été sujets à de multiples contestations et tensions, notamment face aux ligues d'extrême droite et à des mouvements internes de gauche qui, au-delà des élections, n'ont jamais réussi à gouverner ensemble. Des événements tels que la journée insurrectionnelle du 6 février 1934 demeurent emblématiques d’une lutte contre le régime parlementaire. Le Front populaire, qui remporte les élections de 1936, se désintègre rapidement, illustrant les défis de l’unité de la gauche.
Cette instabilité croissante exacerbe le désir d'un État fort, une aspiration qui remonte à Bonaparte, Louis-Napoléon, et De Gaulle. À présent, les sondages montrent que 80 % des Français souhaitent le retour à un État plus autoritaire. Depuis 2022, après la réduction des pouvoirs présidentiels, la dynamique du régime a changé, transférant la ligne de décision du Palais de l'Élysée vers le Palais-Bourbon, mais en renforçant davantage l’antiparlementarisme à défaut d’une majorité.
Malgré tout, l'Assemblée nationale, souvent critiquée, n'est que le reflet des fractures qui minent notre société. Ces divisions, héritées de conflits historiques et d'intérêts divergents, persistent à travers les siècles. Au mitan du XXe siècle, la France pouvait s'affirmer comme une démocratie grâce à divers droits civiques et sociaux ; cependant, cette absence de consensus sur les nécessités fondamentales, comme le vote d’un budget, témoigne d’un climat de tensions à tous les niveaux de la sphère publique. Comme l'écrivait Paul Ricoeur, un État démocratique ne cherche pas à supprimer les conflits, mais à créer des moyens pour les faire entendre et les négocier.
L'intransigeance, souvent caractéristique des extrémismes, se propage aux modérés dans un climat de polarisation exacerbée. Face à un contexte international de plus en plus menaçant, la vraie question demeure : saurons-nous sortir de cette ornière ?







