En octobre 2019, le haut fonctionnaire Christian Nègre, ayant fait ses preuves au ministère de la Culture, a été mis en examen. Il est soupçonné d'avoir administré des diurétiques à plus de 250 femmes à leur insu. Depuis, six années se sont écoulées sans qu'un procès n'ait lieu, laissant des dizaines de plaignantes dans l'incertitude. Cette enquête jette un éclairage sur ce drame dont les médias français s’emparent de plus en plus.
Aurore, 23 ans à l'époque, se souvient de ce jour de 2012 où elle se rend à un entretien d'embauche décisif. Elle traverse la France pour rencontrer Christian Nègre, le responsable des ressources humaines. Elle se souvient de lui comme d'un homme « sympathique », qui, après avoir pris un thé ensemble, l’invite à poursuivre leur conversation au bord de la Seine. C'est là qu'elle subit une intense douleur, ressentant une pression incontrôlable. « J’étais si prise par ce moment que je ne voyais pas ce qui se tramait », témoigne-t-elle.
Ce n'est qu'ultérieurement qu'elle découvrira que d'autres femmes ont vécu des situations similaires. Nègre, selon les autorités, aurait alors administré des diurétiques pour profiter de l'observation de leurs besoins pressants.
Les faits se sont intensifiés lorsque, lors d'une réunion en juin 2018, Nègre a été pris en flagrant délit de photographie sous la table. Cela a conduit à une suspension immédiate et, en janvier 2019, à sa révocation du service public. En octobre de la même année, une information judiciaire a été lancée contre lui.
Des perquisitions ont révélé une accumulation préoccupante de preuves : un tableau Excel a été découvert, où Nègre avait consigné les « expériences » humiliantes infligées à près de deux cents femmes entre 2009 et 2015. À l'instar des affaires Pelicot et Le Scouarnec, ce dossier soulève des inquiétudes majeures quant aux abus de pouvoir et au traitement des victimes dans le système judiciaire.
Christine, une autre plaignante, a exprimé son indignation : « Ce silence est déchirant. Nous avons besoin de justice. Nous voulons que nos voix soient entendues, pas ignorées ». Les victimes appellent à une accélération des procédures judiciaires pour tourner la page de cette affaire qui les hante depuis trop longtemps.







