La Banque centrale européenne (BCE) a choisi de prendre le temps d'analyser la situation actuelle avant d'agir, se donnant "six semaines" supplémentaires pour évaluer l'impact croissant des tensions au Moyen-Orient sur l'économie. Lors de sa dernière réunion, Christine Lagarde, présidente de la BCE, a indiqué que la probabilité d'une augmentation des taux en juin devient pressante.
Le taux de dépôt, actuellement fixé à 2%, est resté inchangé depuis juin 2025. "Nous avons opté pour une décision éclairée, malgré le manque d'informations complètes", a déclaré Lagarde, soulignant que cette décision a été adoptée à l'unanimité par les membres du conseil.
Les décideurs cherchent à mieux comprendre les conséquences du conflit armé entre les États-Unis, Israël et l'Iran. Le contexte a déjà poussé l'inflation à 3% en avril, le taux le plus élevé observé depuis septembre 2023, tout en freinant la croissance à seulement +0,1% au premier trimestre, selon Eurostat.
"Nous pensons que le délai de six semaines est adéquat pour jauger l'évolution de la situation", a précisé Mme Lagarde, espérant tirer des leçons de l'incertitude actuelle. Le blocage du détroit d'Ormuz, une artère essentielle pour près de 20% de la production mondiale de pétrole, exacerbe les préoccupations.
Cette crise énergétique a engendré une flambée des prix, bien que les pires scénarios envisagés par la BCE ne se soient pas encore réalisés. "J'ai une idée sur laquelle direction nous allons", a affirmé Mme Lagarde, tout en restant prudente concernant une hausse des taux, qui était pourtant le pronostic majoritaire avant la récente réunion.
Les risques de hausses d'inflation et de ralentissement de la croissance sont des préoccupations croissantes. Cependant, la BCE n'a pas encore observé d'effets secondaires significatifs sur les salaires et les prix des entreprises, ce qui est rassurant.
- Pas de stagflation -
Dans ce contexte, la BCE va rester vigilante, tout comme d'autres grandes banques centrales. Par exemple, la Fed américaine a maintenu ses taux dans la fourchette de 3,50% à 3,75% sans surprises, alors que la Banque d'Angleterre a également laissé son taux inchangé à 3,75%.
En zone euro, bien que les anticipations d'inflation des ménages pour les douze mois à venir aient grimpé à 4% en mars, celles à cinq ans demeurent stables, proches de 2%. Un dérèglement de ces anticipations pourrait conduire la BCE à envisager de relever les taux plus rapidement.
Christine Lagarde a réaffirmé que le spectre d'une stagflation dans la zone euro, bien que redouté par certains économistes, n'est pas pertinent. Elle a précisé qu'une telle situation, marquée par une faible croissance et une inflation élevée, est très différente de celle des années 1970, et que la BCE est prête à maîtriser les niveaux d'inflation.
Enfin, selon l'institution, la solidité des finances des ménages et l'investissement des entreprises forment un rempart face aux effets néfastes du conflit au Moyen-Orient. Il semble donc que l'hypothèse d'une augmentation des taux en juin, même si elle doit être considérée avec prudence, est désormais une possibilité d'actualité. Carsten Brzeski, analyste chez ING, estime qu'une telle décision pourrait avoir des ramifications sur la fragile croissance économique actuelle.







