La situation du Mali suscite de nombreuses interrogations. Peut-on réellement considérer les événements récents comme un échec pour la Russie ? L'engagement moscovite, incarné par les paramilitaires d'Africa Corps (anciennement Wagner), aux côtés de la junte malienne, n'a pas suffi à empêcher la rébellion orchestrée par l'alliance entre les Touaregs du Front de Libération de l'Azawad (FLA) et les djihadistes du JNIM. L'incapacité de défendre la junte et la ville stratégique de Kidal durant les attaques rebelles du week-end dernier ternit sérieusement l'image de Moscou.
Les rebelles touaregs, représentés par Mohamed Elmaouloud Ramadane, ont même dénoncé la présence russe, exigeant leur départ immédiat du Mali. Ce revirement de situation met une pression supplémentaire sur les 2 500 à 3 500 mercenaires russes qui soutiennent le gouvernement malien.
La revanche des Touaregs
La dernière offensive du FLA, en coalition avec le JNIM lié à Al-Qaïda, a causé des pertes humaines significatives, incluant la mort du ministre de la Défense, Sadio Camara, architecte du repositionnement stratégique en faveur de Moscou. Cette situation constitue une humiliation pour le pouvoir malien et un coup dur pour la présence russe.
Une image écornée au-delà du Mali
Après avoir conclu un accord pour éviter un bain de sang, les Russes furent contraints de battre en retraite de Kidal. Selon Nina Wilén, directrice du programme Afrique à l’Institut Egmont, cette situation affaiblit considérablement l'image d'Africa Corps comme un partenaire de sécurité fiable, non seulement pour le Mali, mais aussi pour le Burkina Faso et le Niger, qui se sont récemment distancés de la France.
Hasni Abidi, du Cermam, souligne que la confiance entre les dirigeants maliens et les Russes est sérieusement compromise, la trahison étant explicitement évoquée par certains officiels maliens.
Un danger sous-estimé
Des tensions émergentes entre les forces maliennes et russes indiquent une fracture grandissante. Tous deux semblent avoir sous-estimé la gravité du conflit. Sergueï Eledinov, ancien officier militaire russe, évoque la stratégie plus défensive d'Africa Corps, contrastant avec les actions plus agressives du passé. Les experts estiment qu'une confiance excessive en la force militaire ne suffira pas à résoudre la crise.
Exactions et retrait possible
Les accusations d'exactions contre les civils pèsent aussi sur les Russes, qui privilégient des zones riches en ressources aux dépens de régions plus vulnérables aux attaques. Lou Osborn et d'autres analystes parient sur un retrait éventuel des russes du centre et du nord, étant donné les exigences des rebelles. Pour ces derniers, sans les Russes, l’armée malienne ne peut espérer reprendre le nord du pays.
Un modèle malien contagieux
Malgré la détresse actuelle, peu anticipent un départ imminent de la Russie, qui conserve le contrôle de Bamako et des infrastructures militaires essentielles. Un retrait à court terme serait perçu comme un échec monumental. Comme le note Djenabou Cissé, les attaques récentes signalent un renforcement des oppositions aux juntes militaires, un phénomène qui pourrait contaminer le Niger et le Burkina Faso.
La situation demeure précaire, et l’accompagnement international du Mali pourrait connaître des tournants significatifs dans les mois à venir.







