L'adoption de l'intelligence artificielle (IA) soulève de nombreuses questions concernant son impact sur l'emploi. Alors que certains craignent des vagues de licenciements, d'autres y voient une opportunité de faciliter le travail des salariés, à condition que ceux-ci soient correctement formés.
Lors des 26e Rencontres économiques d'Aix-en-Provence, cette interrogation a été au cœur des discussions. Patrick Artus, économiste de renom, a évoqué trois scénarios possibles : l'IA pourrait remplacer des emplois, enrichir les tâches existantes ou avoir un impact neutre. Cependant, il souligne que les premières indications pointent vers des secteurs où l’humain reste essentiel, comme la santé, tandis que d'autres, comme le commerce, rencontrent une diminution des postes.
En ce qui concerne l'adoption de l'IA en France, elle demeure encore timide, à l'exception des services informatiques où une baisse de l'emploi chez les juniors a été constatée. Fabrice Desnos, membre du conseil d'administration d'Allianz Trade, exprime des doutes sur les gains immédiats de productivité : « Si elle augmente l'efficacité, l'IA nécessitera également des transformations profondes au sein des entreprises. »
Pour Niccolo Ubertalli, directeur général du groupe CCF, l'IA est comparable à une révolution industrielle. Son groupe a automatisé 67 % de ses processus de back-office, mais cela a conduit à des embauches et des licenciements : « Nous avons supprimé des tâches répétitives tout en embauchant des conseillers », précise-t-il.
Tout en partageant cet enthousiasme, des dirigeants comme Fabrice Desnos soulignent l'importance de la relation humaine, en particulier dans le secteur bancaire. « La décision de crédit ne peut pas être prise par une machine », affirme-t-il. L’humain reste indispensable, et l’IA doit être utilisée pour soutenir, plutôt que pour remplacer.
Un enjeu majeur reste la formation des employés. Niccolo Ubertalli compare l'utilisation de l'IA à la conduite d'une Formule 1 : « Si je ne sais pas conduire, je ne vais pas plus vite. » Corinne de Bilbao, présidente de Microsoft France, abonde dans ce sens en affirmant que l'humain doit être formé pour exploiter pleinement le potentiel de l'IA.
En résumé, l'IA pourrait engendrer des gains de productivité significatifs, mais ces bénéfices doivent être équitablement répartis et utilisés pour améliorer les conditions de travail, et non pour creuser les inégalités. Patrick Artus met en garde : « Si cela ne profite qu'à une minorité, comme l'envoi de milliardaires sur la Lune, ce sera une utilisation inefficace de l'IA. »







