Lors des hivers rigoureux, la ville de Guérande, réputée pour son sel de table, fait face aux défis de la neige et du verglas. Plutôt que de laisser les rebuts de production se perdre, la coopérative Le Guérandais les utilise pour saler les routes. D'une manière inattendue, la technique allie tradition et modernité.
Le sel que nous voyons étalé sur les routes est souvent du chlorure de sodium, mais pas celui que l'on retrouve dans nos cuisines. En effet, le sel de déneigement provient de déchets de production, jugés non conformes aux critères d'Indication Géographique Protégée (IGP) imposés par les standards gastronomiques. "Cela n’a rien à voir avec le sel alimentaire!", déclare Laurent Seriat, directeur général du Guérandais, soulignant l'importance de maintenir une distinction claire entre ces deux types de sel.
Traditionnellement récolté dans les marais salants grâce à l'évaporation naturelle, le sel de Guérande est un produit artisanal prisé. Les paludiers, qui perpétuent ce savoir-faire ancien, récoltent le gros sel et la très convoitée fleur de sel, cette dernière se vendant dix fois plus cher que le gros sel. Les quantités destinées à déneiger représentent uniquement 0,8 % de la production totale, soit environ 112 tonnes par an, un volume faible en comparaison avec les 13 000 à 14 000 tonnes de sel produit.
Les municipalités, désireuses de garder leurs routes praticables en hiver, se tournent vers la coopérative pour se procurer ce sel de déneigement. Les demandes afflux, non seulement des communes avoisinantes comme La Baule et Saint-Nazaire, mais également de villes plus éloignées comme Cholet et Angers. Cette solution permet à un produit jugé « rebut » d’avoir une seconde vie, évitant qu'il ne termine à la décharge.
Cependant, cette pratique soulève des interrogations quant à l'impact environnemental du sel sur la végétation et les nappes phréatiques. En effet, les conséquences de l'utilisation de chlorure de sodium s’étendent bien au-delà des routes, affectant écosystèmes et biodiversité. À La Baule, un mélange de sel et de sable est préféré pour limiter les dégâts, tandis qu'ailleurs, des alternatives comme le gravier ou la pouzzolane sont de plus en plus adoptées.
En conclusion, la coopérative de Guérande ne se résume pas seulement à la tradition, mais s'adapte également aux enjeux contemporains. Si le sel de déneigement n'est pas rentable, il constitue néanmoins un important vecteur de durabilité et de valorisation des ressources. La démarche de cette petite ville bretonne démontre qu'un produit peut encore jouer un rôle vital, même lorsqu'il semble en fin de vie.







