Le gouvernement italien a récemment proposé une mesure incitative qui pourrait réformer radicalement le paysage juridique en matière d'immigration. Une prime de 615€ serait accordée aux avocats impliqués dans les procédures de retour volontaire assisté des migrants. Cette approche suscite des critiques virulentes de la part de nombreux acteurs de la profession juridique, qui la jugent incompatible avec les principes fondamentaux de la justice.
«C’est un système de récompense digne du Far West», s'insurge le dirigeant de Più Europa, un parti de gauche, tandis que l'association nationale des magistrats dépeint cette initiative comme «consternante». Le projet controversé, intégré dans un nouveau texte sur la sécurité présenté par Giorgia Meloni, a déjà été adopté par le Sénat et doit désormais passer devant les députés.
L’amendement implique que les avocats soient indemnisés uniquement en cas de retour effectif des migrants dans leur pays d'origine. Cela signifierait également la suppression de l'aide juridictionnelle d'État pour ceux qui souhaitent contester leur expulsion. En somme, la loi vise à simplifier les départs de migrants tout en rendant plus difficile toute forme de contestation.
Pour justifier cette mesure, le gouvernement prévoit un budget approximatif de 250 000€ pour 2026, avec une planification de dépenses augmentant à 500 000€ pour 2027 et 2028. Le ministère de l'Intérieur a chiffré qu’entre 2023 et 2025, environ 2500 migrants ont bénéficié de retours volontaires. Les partisans de cette loi s’attendent même à un doublement annuel de ces retours.
Cependant, cette proposition suscite un tollé dans les cercles juridiques. L'Union des Chambres pénales italiennes avertit qu'une telle mesure pourrait saper l'intégrité du système judiciaire. «La justice ne peut être servie si des incitations financières viennent influencer le déroulement des procédures», affirment-ils. Le conseil national du barreau a demandé l'abrogation de cette mesure.
Les critiques se multiplient également au sein de l'opposition de gauche. Davide Faraone, vice-président d’Italia Viva, considère que cette prime montre l'indécision du gouvernement. «Cette loi divise le système judiciaire» souligne-t-il. De son côté, Michela di Biase du Parti démocrate craint que cette initiative mette en péril l'indépendance de la défense. «Le rôle de l’avocat doit se concentrer sur les intérêts du client, pas sur des incitations externes», déclare-t-elle. Selon Riccardo Magi, leader de Più Europa, cette mesure rappelle des politiques d'immigration plus strictes, comme celles mises en oeuvre par Donald Trump aux États-Unis.







