Le 21 juin, la Commission électorale d'Éthiopie a confirmé la large victoire du parti du Premier ministre Abiy Ahmed, qui a remporté 438 des 486 sièges. Cet exploit, marquant un contrôle presque total par le Parti de la prospérité, renforce son pouvoir sur un pays aux fractures profondes et persistantes, qui suscitent l'inquiétude dans toute la région.
Lorsqu'Abiy Ahmed est arrivé au pouvoir en 2018, il incarnait l'espoir du renouveau. Premier dirigeant issu de l'ethnie oromo, il était vu comme le visage d'une nouvelle politique en Afrique, se voyant conférer le titre d'« Obama éthiopien ». En 2019, il a été récompensé par le prix Nobel de la paix, en reconnaissance de son rapprochement historic avec l'Érythrée. Pourtant, l'enthousiasme initial a rapidement laissé place à des désillusions, surtout après la guerre du Tigré entre 2020 et 2022, qui a dévasté le pays.
Une nation plongée dans la division
Les affrontements à l’Amhara et l’insurrection dans la région d’Oromia continuent de miner la stabilité d’un pays déjà morcelé. Les divisions identitaires demeurent un défi majeur pour le gouvernement, exacerbées par une histoire tumultueuse et l'interaction complexe entre les différentes communautés religieuses, notamment chrétiennes et musulmanes. Comme l’a rapporté un expert du Centre de recherche en sciences sociales, « l'Éthiopie doit naviguer entre son héritage chrétien ancien et les aspirations des différentes ethnies présentes dans le pays ».
Des disparités économiques criantes
Sur le plan économique, le pays fait face à des défis majeurs. L'agriculture, bien que représentant une part significative du PIB, laisse des millions d'Éthiopiens en proie à l'insécurité alimentaire, comme le souligne François Lavallou de SOS Chrétiens d'Orient : « Les problèmes de distribution ajoutent à la vulnérabilité alimentaire déjà exacerbée par les conflits et les sécheresses ». Pendant ce temps, les centres urbains comme Addis-Abeba continuent de se moderniser, mais cette transformation s'accompagne de tensions sociales croissantes.
Un intérêt géopolitique grandissant
Malgré ses défis internes, l'Éthiopie reste une nation prisée par diverses puissances. En tant que siège de l'Union africaine, elle joue un rôle stratégique en Afrique de l'Est. Les États-Unis, la Chine, la Russie et la Turquie s’y intéressent de près, cherchant à établir des partenariats forts. L'arrivée de l'Éthiopie dans les BRICS en janvier 2024 démontre la volonté du pays de diversifier ses alliances.
Reste que le dossier du Grand Barrage de la Renaissance demeure délicat. Ce projet plaidé par le gouvernement d'Addis-Abeba est source de tensions avec des pays voisins, notamment l'Égypte, qui craignent pour leur approvisionnement en eau.
Ce mélange unique de fragilité interne et d'intérêt géopolitique souligne le paradoxe éthiopien. Alors que des conflits et des difficultés économiques prédominent, l'Éthiopie demeure néanmoins un marché d'avenir prometteur, marquant un tournant pour la région. Dans ce contexte, la véritable question demeure : l'Éthiopie sera-t-elle capable de maintenir sa stabilité intérieure face aux défis croissants ? Les yeux de la communauté internationale restent rivés sur elle.







