Vingt ans après les premières plaintes, les victimes du chlordécone aux Antilles espèrent enfin un procès. Ce lundi 22 juin, la cour d'appel de Paris délibère sur la possibilité de rouvrir l'enquête pénale concernant ce scandale sanitaire et environnemental.
Quelques semaines après que le Parlement a reconnu la responsabilité de l'État dans cette affaire, la justice se penche à son tour sur cette question cruciale. Pour les victimes impliquées, une réouverture de l'enquête est essentielle après deux décennies de procédures.
Employé dans les plantations de bananes en Guadeloupe et en Martinique pour combattre le charançon du bananier, le chlordécone a été utilisé de 1972 à 1993. Malgré des alertes concernant sa toxicité, l'Organisation mondiale de la santé le classe cancérogène dès 1979. L'usage de ce pesticide continue cependant d'être toléré aux Antilles, alors qu'il est interdit en métropole depuis 1990.
Un pesticide utilisé malgré les alertes
Trente ans après l'interdiction, les conséquences de son utilisation sont toujours visibles : sol, eaux et chaîne alimentaire contaminés. Selon l'Agence nationale de sécurité sanitaire, le chlordécone pourrait persister dans certains sols jusqu'à 600 ans, avec plus de 90 % des adultes en Guadeloupe et en Martinique présentant des traces dans leur organisme.
Georges-Emmanuel Germany, avocat des parties civiles, dénonce : « Les peuples de Guadeloupe et de Martinique ont été empoisonnés entre les années 1970 et 1990, et cette toxicité pourrait perdurer encore cinq siècles à cause des choix politiques successifs. » Les effets sur la santé, tels que l'augmentation des risques de cancer de la prostate et des complications lors de grossesses, sont aujourd'hui bien documentés. Pourtant, la reconnaissance de la responsabilité de l'État reste problématique, illustrant ce que certains appellent un « colonialisme chimique » dans cette affaire.
En janvier 2023, malgré cette reconnaissance officielle d'un « scandale sanitaire », les juges avaient prononcé un non-lieu. Pour les magistrats, la prescription de certains faits et l'insuffisance de preuves étaient des obstacles à la poursuite.
La mobilisation des victimes et leurs soutiens reste forte. Deux jours avant cette journée décisive, des centaines de personnes ont défilé à Paris, appelées par le collectif Diasporas solidaires (Dsavec), montrant ainsi que l'indignation et l'engagement des citoyens ne faiblissent pas.
Si un second non-lieu est confirmé aujourd'hui, les avocats des plaignants ne comptent pas en rester là et envisagent d'ores et déjà un pourvoi en cassation pour faire valoir les droits des victimes.







