Privas (AFP) – Dans une décision marquante, la procureure de Privas a requis la fermeture pour une durée d'un an de la Famille missionnaire de Notre-Dame (FMND), une congrégation catholique en Ardèche. Cette demande s'inscrit dans un contexte où des abus de faiblesse ont été dénoncés, en attendant que l'Église prenne position sur l'avenir de cette communauté, jugée culpable d'atteintes graves à ses membres.
"Certains membres souffrent d'anorexie, de dépression, et même de tentatives de suicide", a déclaré Cécile Nainani, la magistrate en charge du dossier, lors des dernières audiences. Les méthodes employées par la FMND, telles que la manipulation psychologique et le contrôle des individus, ont été qualifiées d'abus par le tribunal.
Bien que la procureure ait reconnu que la décision concernant l'existence même de la communauté ne relevait pas du système judiciaire mais de l'Église, elle a insisté sur la nécessité d'une fermeture temporaire pour permettre un examen approfondi des pratiques au sein de la FMND, décrite comme "l'épicentre des abus sectaires". En parallèle, une amende de 100.000 euros a été demandée.
Concernant le père Bernard, supérieur de la FMND, la procureure a requis une peine de deux ans de prison avec sursis et l'interdiction d'exercer la prêtrise pendant cinq ans. Cette approche vise à protéger les individus vulnérables qui ont été sous l'influence de cette communauté, où les signalements d'abus ont afflué depuis des années, souvent ignorés par la direction.
"L'objectif c'est la captation des esprits et des vocations, avec une volonté d'étouffer toute dissidence", a souligné Cécile Nainani, en écartant les motivations financières.
Une défense passionnée
Le père Bernard a défendu son intégrité, affirmant n'avoir jamais exercé d'emprise sur les quelque 160 missionnaires de la FMND. Cinq anciens membres ont témoigné au tribunal de leurs expériences traumatisantes, car certains se sont constitués parties civiles.
Tandis que certaines voix soutiennent la FMND, affirmant que leurs proches y vivent des vies épanouissantes, l'avocat de la défense, Jérôme Triomphe, a critiqué le faible nombre de plaignants en comparant les cas de dépression observés à ceux rencontrés dans la société en général. Il a plaidé pour une relaxation des charges, accusant une enquête biaisée trop influencée par des conceptions idéologiques.
"Il n'appartient pas aux autorités civiles de se prononcer sur des faits qui relèvent de la foi", a-t-il ajouté, soulignant que la responsabilité appartenait avant tout à l'organisation religieuse elle-même.
Le verdict sera rendu le 24 mars à 13h30, et cette affaire soulève des questions cruciales sur la régulation des communautés religieuses et leur responsabilité envers leurs membres.
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