Dans sa dernière chronique publiée dans Le Point, l’écrivain Kamel Daoud s'intéresse de près à la situation politique de Saint-Denis. Pour lui, la rencontre avec le divin reste une affaire personnelle, tandis que celle avec le mal traverse un monde plein de contradictions. Cette réflexion l'amène à évoquer une révolte anabaptiste survenue à Münster, en Allemagne, entre 1534 et 1535, qui a vu naître un régime théocratique. Ce contexte historique, dit-il, nous parle de "mystiques fous, de manipulations de la foi et d'un faux idéal de pureté", une période où les promesses se sont vite transformées en cauchemar.
Il invite ainsi à réfléchir sur la mairie de Saint-Denis, où l'édile, les électeurs et leurs attentes semblent s'aligner sur un dangereux mythe, une quête utopique. Daoud écrit que cette ville apparaît comme un lieu qui aspire à une "communauté radicalement égalitaire, pleine de joie dans le tumulte", mais aussi en attente d'un rêve imprévisible. Cette aspiration utopique, dit-il, se transforme en un véritable danger, surtout dans ces temps de violences récurrentes.
Interrogé sur cette analogie, le sociologue Jean-Pierre Gutton souligne que les rêves communautaires prennent souvent racine dans des périodes de crise, alimentant ainsi les violences entre groupes. “Ce qui se passe à Saint-Denis est symptomatique d'une époque troublée où l'utopie peut facilement basculer dans l'extrémisme,” conclut-il. La question posée en conclusion par Daoud, “qu'a-t-il fumé ?” résonne comme une provocation à l'égard de ces rêveries politiques.







