La métropole Aix-Marseille-Provence a choisi de retirer de l’ordre du jour du conseil métropolitain le vote du budget 2026, marquant ainsi un affrontement qui pourrait s’assimiler à une manière de blâmer l’État pour les soucis financiers locaux.
Ce mardi 28 avril, lors d’une réunion au palais du Pharo, les 238 conseillers métropolitains s'apprêtaient à discuter du budget. Mais, à la surprise générale, la proposition a été écartée. Nicolas Isnard, nouvellement élu à la présidence de l'institution, a jugé qu'« il est impossible en l’état de présenter un budget où les recettes égalent les dépenses », alors que le déficit s'élève à 123 millions d'euros pour un budget global de 4,8 milliards en 2025.
Avec la direction de la métropole sous la présidence de Isnard, les maires des 92 communes semblent plus déterminés à exercer une pression sur l’État que de rectifier leurs dépenses. Cette dynamique est illustrée par les mots d’Isnard lui-même : « Je crois que l’État ne nous a pas crus quand nous avons déclaré que nous ne présenterions pas de budget. »
Un bras de fer imprévisible
La chute des dotations venant de l’État, estimées à au moins 120 millions d’euros sur deux ans, et l'augmentation des coûts liés aux projets du plan « Marseille en grand » sont considérées par les acteurs locaux comme les causes majeures de cette crise budgétaire. Cependant, accuser l'État de l'intégralité de cette situation pourrait sembler simpliste.
Il est indéniable que certaines décisions politiques, comme la gratuité des transports pour les enfants de moins de 11 ans et les seniors de plus de 65 ans depuis la rentrée 2025, ont aggravé ce déficit. Cette décision, coûtant près de 10 millions d’euros par an, parmi d'autres dépenses jugées superflues, alimente le rouge dans les comptes. Sur son compte Instagram, Jean-Marc Graffeo, conseiller métropolitain de Reconquête, évoque même une « gabegie financière », affirmant à Valeurs actuelles que des économies sont possibles sans augmenter les impôts : « Il y avait des choses à faire avec ce budget. Je pense notamment à des économies de fonctionnement et à s’assurer que toutes les subventions aux associations soient justifiées. »
En réponse à cette impasse, un « plan d'économie d'urgence » a été mis en place. Ce dernier, axé sur la réduction des dépenses de communication et l'annulation de certains événements, pourrait permettre d'économiser 30 millions d'euros. Cela démontre que des solutions internes existent lorsque la métropole se mobilise.
Un tournant délicat
Malgré tout, la métropole affiche une réticence à réduire significativement ses coûts, tentant un coup de poker avec le retrait du vote du budget 2026. Si la situation persiste, un scénario plausible serait la mise sous tutelle de la métropole. Cette procédure impliquerait que le préfet saisisse la chambre régionale des comptes pour établir un budget alternatif dans un délai d'un mois, un événement déjà observé dans diverses communes, comme Pont-Saint-Esprit et Bussy-Saint-Georges, souvent accompagné d'augmentation des impôts.
Ce bras de fer avec l’État présente des risques considérables pour les résidents des 92 communes, d'autant plus que la lutte semble déséquilibrée face aux finances de l'État. Pourquoi alors la métropole choisit-elle de s’engager sur ce terrain risqué ? Ce qui se veut une preuve de force de la part de Nicolas Isnard pourrait en réalité englober une tentative de renvoyer la responsabilité des augmentations fiscales sur l’État. Comme le résume Jean-Marc Graffeo, il s'agit d'une « partie de ping-pong » entre les deux échelons de gouvernance. Le perdant de ce match ? Sans aucun doute, les foyers métropolitains.







