Naïma Moutchou, la ministre des Outre-mer, a entamé une visite officielle en Guyane, à partir du 11 février, pour quatre jours d’immersion au cœur de ce territoire facing de multiples défis. Entre la lutte contre le narcotrafic, l’orpaillage clandestin, l’immigration illégale et la pauvreté croissante, la gestion des frontières avec le Brésil représente un enjeu crucial.
Dans cette commune transfrontalière de Saint-Georges de l’Oyapock, un homme en short rouge attend près d’une épicerie. Sous la protection d’un carbet, les gendarmes, dirigés par le commandant Valentin Bouquin, scrutent les images captées par un drone, déployé pour surveiller les abords du fleuve. Ce dispositif vise à alerter rapidement les forces au sol sur les points sensibles.
"Les nouvelles se propagent aussi vite que les pirogues," explique Bouquin. "Notre opération de contrôle sera rapidement signalée par le voisinage, ce qui rend notre intervention plus complexe." Le travail des gendarmes, douaniers et policiers est donc intensifié le long de cette frontière poreuse, à seulement 200 km de la capitale régionale, Cayenne.
La proximité avec le géant brésilien soulève des problématiques uniques. Au total, 35 gendarmes, associés à des douaniers et des policiers, font partie de l’opération de contrôle, visant à endiguer la délinquance dans ce secteur stratégique.
Le fleuve, une couture entre les deux pays
La singularité de cette région émerge lorsque l'on réalise que la séparation entre Saint-Georges et l’autre rive, côté brésilien, est à peine de 500 mètres. Ce fleuve, artère de vie, a toujours été perçu comme un espace partagé depuis 1900, saillant à travers les cultures et les populations. À Oiapoque, côté brésilien, le lien est indéniable ; les habitants traversent quotidiennement, que ce soit par pirogue ou via le pont construit en 2017.
"Ici, ce n’est pas une séparation, mais une couture entre deux rives," partage Damien Davy, anthropologue au CNRS. "Les gens vivent en harmonie, une identité commune émerge crescendo, mêlant influences amérindiennes, brésiliennes et créoles."
Militaires brésiliens et français travaillent « en miroir »
La coopération entre les forces de l’ordre françaises et brésiliennes est essentielle, surtout en matière de sécurité. L’opération nommée « Miroir » illustre cet effort de collaboration. Pendant qu’une équipe française patrouille sur le sol guyanais, ses homologues brésiliens mènent des opérations coordonnées à Oiapoque. Les deux parties échangent des renseignements, vérifient les embarcations et contrôlent les identités.
Cette initiative s'inscrit dans le cadre de la coopération transfrontalière qui s’applique déjà entre la France et ses voisins en Europe. Néanmoins, cette particularité guyanaise souligne la nécessité d’une attention particulière portée aux enjeux de sécurité qui traversent ces frontières.
En somme, la frontière entre la Guyane française et le Brésil n'est pas seulement une démarcation géographique, mais une réalité vivante, nourrie d'échanges et de défis communs. Comme le note Moutchou, "il faut s'attaquer aux racines de ces problèmes pour assurer la sécurité et le bien-être des populations de part et d'autre de cette couture."







