l'essentiel Pour les élections municipales de 2026, La France insoumise a décidé d'avancer avec ses propres candidats, se mesurant ainsi à d'autres forces de gauche. Cette stratégie d'autonomisation semble, selon plusieurs sondages, reléguer le mouvement de Jean-Luc Mélenchon derrière le PS et ses alliés. Analyse.
Dans le 20e arrondissement de Paris, lors d'un marché animé, Lucie Castets reçoit des encouragements des passants : "Nous allons voter pour vous ! Sophia Chikirou, c'est inacceptable, elle est trop violente", confient fréquemment les anciens électeurs de LFI, qui soutiennent Emmanuel Grégoire (PS). Pourtant, cette zone, entre le boulevard Davout et Ménilmontant, a historiquement été un bastion pour les Insoumis. Cela soulève des questions sur la capacité de la candidature de Mélenchon à s'imposer à Paris.
Un récent sondage Ipsos révèle que la candidate à la mairie de Paris, Sophia Chikirou, n'obtient que 13 % des intentions de vote, un chiffre bien en deçà du 30 % réalisé par Jean-Luc Mélenchon durant la présidentielle de 2022. À Toulouse, le candidat LFI François Piquemal atteint 19 %, tandis que son concurrent PS, François Briançon, frôle les 32 %. En revanche, à Strasbourg, LFI se contente d'un modeste 9 %, loin derrière le PS (31 %) et les écologistes (22 %). À Lyon, le score de LFI plafonne à 8 %.
Il est vrai qu'une comparaison entre élections présidentielles et municipales est délicate. Jean-Luc Mélenchon, dont la personnalité a joué un rôle majeur lors des présidentielles, voit son image fléchir ces dernières années, notamment sur la scène médiatique. Selon Stéphane Zumsteeg, directeur du département Opinion à Ipsos, "LFI est désormais perçu par les Français comme le mouvement le plus menaçant pour la démocratie, juste après le RN. C'est le parti le plus rejeté par l’opinion publique".
Des tendances émergent dans cette compétition électorale. Dans certaines communes de la banlieue parisienne, une partie de la population immigrée exprime une résistance face à des candidats trop clairement identifiés par leur origine. Une ancienne élue de gauche à Sevran fait écho à cette préoccupation : "Certaines personnes se sentent d'abord françaises, et ne veulent pas être réduites à leur identité ethnique".
Toutefois, un éventuel plateau pourrait ne pas forcément sonner comme une défaite le soir du 22 mars. Stéphane Zumsteeg souligne que bien que la stratégie actuelle de LFI puisse leur coûter certaines victoires, l'obtention d'une ou deux communes, comme Roubaix ou Saint-Denis, serait perçue comme une réelle avancée pour le mouvement. De plus, l'objectif d'atteindre les 10 % est essentiel pour LFI afin de préserver une présence au second tour et peut-être faire vaciller les bastions du PS. "Pour LFI, le PS a échoué en ne mettant pas fin au mandat du Premier ministre Sébastien Lecornu lors du vote sur le budget, et ils entendent bien le faire payer aux urnes", conclut Zumsteeg. La bataille pour le leadership à gauche en vue de 2027 s'annonce également cruciale dans ces municipales.







