La promesse est séduisante : chaque participant a la possibilité de rencontrer l'amour en participant à une "expérience" qui commence par des tests psychologiques visant à déterminer la compatibilité avec un autre candidat, rencontré seulement quelques minutes avant de s'engager.
Les événements s'enchaînent avec une cérémonie nuptiale, suivie d'une lune de miel, avant que les couples ne retournent à la réalité de leur quotidien. Au terme de quelques semaines, ils doivent décider de rester mariés ou de mettre fin à leur union. La série Mariés au premier regard, diffusée sur M6, attire chaque semaine près de deux millions de téléspectateurs, en ce moment à sa dixième saison, témoignant de l'attrait durable pour les télé-réalités axées sur l'amour.
L'amour sous tous les formats
Ce format, conçu pour aider les candidats à trouver un partenaire, se décline en plusieurs versions. De L'Amour est dans le pré, qui réunit des agriculteurs avec des prétendants, à Love Is Blind, où les participants échangent sans se voir avant de se fiancer. Lancée en 2020, Love Is Blind a connu dix saisons américaines et des adaptations dans plusieurs pays.
Dans la bande dessinée Forever Love (Steinkis), récemment publiée, Kondracki et Schenké analysent comment ces programmes révèlent notre rapport à l'amour. Selon Kondracki, interviewée par BFM, ces émissions ciblent des publics variés, chacun d'eux recherchant des récits d'amour qui correspondent à leurs aspirations.
Croire au coup de foudre
Cependant, ces émissions partagent des éléments fondamentalement similaires : "Alors que l'on prétend que l'amour est en déclin, ces programmes persistent parce qu’ils suggèrent que l'amour authentique est toujours à portée de main, que des rencontres fulgurantes peuvent encore exister', souligne Kondracki, doctoral à l'EHESS.
Alors que le taux de mariage décroît en France, il est révélateur que le mariage occupe une place centrale dans de nombreuses télé-réalités sentimentales. "Le mariage est un récit culturel puissant, essentiel à l'identification des téléspectateurs", explique-t-elle.
Des candidats "qui pourraient être nous"
Ces émissions captent un public qui peut s’associer aux candidats. Selon Schenké, les participants, choisis avec soin, reflètent une diversité de situations. Bien qu'ils soient souvent exposés à des circonstances extrêmes, les défis qu'ils affrontent sont souvent semblables aux nôtres.
Des relations à distance aux dynamiques familiales en passant par la répartition des tâches domestiques, ces téléréalités offrent une réflexion sur le couple. "Au-delà de l'évasion, elles permettent d’interroger notre propre relation à l’amour", conclut Schenké.
Plus de séparations que de mariages
Malgré l'objectif d’aider les candidats à trouver l’amour, la réalité des ruptures est bien plus fréquente. Dans la version américaine de Love Is Blind, parmi des centaines de couples, seuls seize ont échangé des vœux, et la moitié de ceux-ci ont déjà divorcé.
Pourquoi, alors, le public persiste-t-il à suivre ces récits souvent voués à l'échec ? Pour Schenké, "il suffit que cela fonctionne une fois sur cent pour que l'espoir demeure. Nous sommes nombreux à vouloir croire que l'amour existe encore pour nous tous, et chaque réussite ravive cet espoir".
Un "happy end" pour les célibataires
Les diffuseurs garantissent de mettre en avant les couples ayant réussi. Dans Love Is Blind, les couples qui ont bien évolué sont invités à partager leur histoire. M6 a même lancé un spin-off centré sur un couple phare pour suivre l’arrivée de leur premier enfant. "Il existe une glorification des réussites", note Kondracki.
Cependant, bien que les séparations soient inévitables, "comme dans les rom-coms, ces programmes finissent souvent par présenter une forme de 'happy end.' Les candidats, malgré les échecs, rapportent avoir appris de précieuses leçons sur eux-mêmes", décrit Kondracki.
"La télé-réalité ne dépeint pas la douleur de la séparation comme nous la vivons dans la vie quotidienne".
Toutefois, les deux autrices soulignent l'importance de maintenir une approche critique envers ces émissions. "Elles véhiculent une image souvent hétéronormée de l’amour, focalisées sur le modèle monogame traditionnel, avec des problématiques qui ne devraient pas être considérées comme des évidences", avertit Kondracki. "Il est crucial de distinguer cette construction sociale du récit romantique excessif, parfois au détriment de la réalité".
En somme, à travers leur bande dessinée, Kondracki et Schenké mettent également en lumière la banalisation des comportements violents souvent subis par les femmes dans ces contextes, renforçant ainsi l'idée que ces récits ne rendent pas compte complètement de la réalité.







