Raymond Maufrais, un jeune journaliste et explorateur, a entrepris une aventure audacieuse en 1946, à seulement 20 ans : relier la Guyane française au Brésil en solitaire à travers les monts Tumuc-Humuc. Trois ans plus tard, son destin bascule dans le mystère le plus total. Ce 18 mars 2026, la justice guyanaise a confirmé son décès après une attente de 76 ans.
Ce fils unique, né à Toulon en 1926, était animé par une vraie passion pour l'aventure. Influencé par le scoutisme et fort de ses expériences de résistance, Maufrais décide de traverser la forêt guyanaise en solitaire. Son projet audacieux l'emmène profondément dans des territoires inexplorés.
Influencé par les récits de l'Ouest américain
En 1946, il quitte la France pour l'Amérique du Sud et participe à une expédition dans le Mato Grosso brésilien. Ses récits de voyage sont diffusés à la radio française, qui évoquent les aventures épiques de son enfance, inspirées par des films de cow-boys et de Far West, comme l'a rapporté France Culture.
Dans une quête inlassable de l'inconnu, Maufrais, avec son fidèle chien Boby, s'enfonce encore plus dans la jungle. Un douanier l'avertit même, le 14 novembre 1949, en lisière de la forêt de Cayenne : "J'ai l'impression de vous conduire à l'échafaud", comme le raconte Historia.
Sa traversée fut semée d'embûches. La maladie et la faim le poussent à des actes désespérés, comme lorsqu'il abattit son chien pour subsister. Dix jours après, il est aperçu pour la dernière fois, affaibli, près des rapides de Camopi, à destination du village de Bienvenue.
Une issue tragique révélée par des carnets
Les autorités, en 1950, concluent à une issue fatale. La requête de Geoffroi Crunelle, président de l'Association des amis d'Edgar et Raymond Maufrais, affirme que Maufrais n’a pu survivre. Selon les experts, son corps aurait été dévoré par des prédateurs. Ses carnets, retrouvés dans un abri, décrivent des jours sombres de désespoir, où il inscrit même : "L’aventure, sans souffrance morale, ne serait plus une belle aventure".
Le combat d’une famille pour la vérité
Le père de Raymond, Edgar Maufrais, refuse d'accepter cette perte. Consacrant sa vie à la recherche de son fils, il traverse la Guyane, le Brésil et le Surinam, affrontant les mêmes périls que son fils. La disparition de Raymond reste dans les mémoires, mais en France métropolitaine, son histoire est peu connue.
En 2025, l'AAERM lance une initiative judiciaire après une discussion révélatrice avec le maire de Camopi, qui fait prendre conscience que le décès de Maufrais n’avait jamais été officiellement reconnu.
Un hommage cinématographique et une mémoire persistante
En 2015, le réalisateur Jérémy Banster évoque la vie de Maufrais dans son film "La Vie pure", avec Stany Coppet dans le rôle principal. En hommage à Raymond et à son père Edgar, l'AAERM a fait ériger une stèle commémorative à Toulon et à l'endroit où Maufrais a établi son dernier campement.
Le tribunal de Cayenne, dans une déclaration chargée d'émotion, a affirmé : "Dans le mystère de la forêt amazonienne, nous avons perdu un écrivain et un explorateur," refermant ainsi un long chapitre de son épopée oubliée.







