Le mercredi 25 mars, l'avocat de Flavel, Me Pierre Brunisso, a transmis un signalement au procureur de la République de Meaux pour des accusations de « subornation de témoin ». Ibrahim Bader, qui était présent lors des violences survenues le 16 mars, affirme être recherché par la police dans le but de « le faire taire ». Dans une conversation avec l’Humanité, Bader exprime sa profonde inquiétude.
Depuis les événements cruels vécus par Flavel, 35 ans, lors de l'intervention des forces de l'ordre à Noisiel (Seine-et-Marne), la situation se clarifie progressivement, et les révélations ne plaident guère en faveur des forces de police. La première interpellation brutale, le 16 mars à 17 heures, aurait été déclenchée par l'arrestation du jeune Marco (prénom modifié) pour outrage et rébellion.
Marco conteste fermement les accusations et a déposé plainte le 25 mars par le biais de son avocat, Me Théo Kermagoret, pour « violences volontaires en réunion par personne dépositaire de l’autorité publique ». Le 18 mars, il a été condamné à 70 jours de travaux d’intérêt général (TIG), mais envisage de faire appel de cette décision.
Savoir qu’il y a une voiture de police qui vous recherche, ça fait peur
Marco, présent lors d’un contrôle le 24 mars sur la place de l’horloge à Noisiel, affirme que les policiers étaient à la recherche de Bader Ibrahim, âgé de 37 ans, un ami de Flavel qui a filmé et témoigné des événements.
Bader a récemment témoigné pendant trois heures devant l’IGPN. En plus de son témoignage, il a remis des preuves matérielles de la violence policière, y compris des débris de grenades et une vidéo additionnelle.
« Je suis connu dans le quartier, et depuis quelques jours, des jeunes me disent que les policiers de Torcy me cherchent pour me faire taire », dit Bader à l’Humanité. « Cela me fait flipper. C’est une chose sérieuse ».
Bien qu'il ne réside pas à Noisiel, Bader s'y rend régulièrement pour raisons familiales. « Je vais arrêter d’y aller, car savoir qu’il y a une voiture de police qui me recherche, ça me fait craindre le pire. Je n’ai rien fait de mal, j’ai simplement dit la vérité. Comment interpréter cela sinon comme une menace ? »
Bader hésite à porter plainte contre la police
Le signalement envoyé au procureur évoque un contrôle policier du 24 mars qui aurait été menaçant à l'égard de Bader. « Les policiers semblaient vouloir le faire taire, alléguant qu’il avait “trop parlé”. Des photos de lui étaient même montrées. Cela démontre clairement qu'il est ciblé à cause de sa coopération avec la justice », a déclaré Me Brunisso.
Lorsqu'on lui demande s'il envisage de porter plainte, Bader semble embourbé par l'incertitude. « Porter plainte ? Je me demande ce qui m'attend si je vais au commissariat. Je n'ai pas confiance », avoue-t-il.
Une conférence de presse est prévue le jeudi 26 mars au siège de la Ligue des Droits de l'Homme, visant à expliquer pourquoi l'association s'engage aux côtés des victimes. Des éléments nouveaux, « remettant en question le récit des forces de l'ordre », devraient également être divulgués.







