L'agence de notation Moody's s'apprête à rendre son verdict semestriel concernant la dette de la France, actuellement classée à un niveau supérieur à celui de ses rivales. Cependant, les économistes anticipent un statu quo, rapportant que la guerre au Moyen-Orient et l'amélioration de la situation du déficit public joueront un rôle déterminant dans cette décision.
La note de la France demeure à Aa3, tandis que ses compétiteurs, Fitch et Standard & Poor's, ont établi la leur à A+, caractérisant ainsi une dette de qualité moyenne supérieure. La dernière évaluation de Moody's, effectuée à la fin d'octobre, a abaissé la perspective à négative, cela en raison de la fragmentation politique du pays, qui freine la capacité à entreprendre des réformes significatives pour réduire la dette, la plus élevée de la zone euro, juste derrière celles de la Grèce et de l'Italie, ainsi que du déficit public, le plus important de la zone euro.
Éric Dor, directeur des études économiques à l'Ieseg, souligne qu'il serait logique que Moody's abaisse sa note, considérant que la guerre pourrait causer un ralentissement économique délétère pour les finances publiques. Selon les prévisions révisées de la Banque de France, la croissance en 2026 a été abaissée à 0,9 %, et l'Insee a revu ses estimations pour les deux premiers trimestres à 0,2 % au lieu de 0,3 %.
De son côté, Dor critique le classement de pays comme l'Espagne et le Portugal, qu'il juge injuste par rapport à la situation économique française. D'autres experts, comme Anthony Morlet-Lavidalie de Rexecode, estiment que Moody's pourrait décider d'attendre avant de prendre des décisions concernant sa notation, soulignant l'incertitude du contexte économique mondial créé par les conflits en cours.
Pour Paul Chollet, économiste chez Crédit Mutuel Arkéa, abaisser la note française en ce moment serait un risque pour les marchés obligataires, surtout compte tenu de la croissance modérée mais résiliente de l'économie française et des prévisions prudentes du gouvernement quant aux taux d'intérêt de la dette à dix ans.
Les partisans du statu quo mettent également en avant l'amélioration du déficit public, qui est passé de 5,8 % à 5,1 % du produit intérieur brut (PIB) cette année. Alain Trannoy, un économiste de l'EHESS, a mentionné que le ministère des Finances possédait une expertise reconnue par les agences de notation dans la gestion de cette question.
À court terme, Bercy vise un déficit à 5 % du PIB en 2025, un petit progrès vers le retour promis sous la barre des 3 % d'ici 2029. Cependant, Chollet prévient qu'il pourrait y avoir d'autres secteurs à soutenir, en raison des impacts économiques de la guerre.
Les préoccupations politiques entourant la stabilité du pays risquent de renaître à l'approche de l'année électorale, ce qui pourrait donner lieu à une observation accrue de la part de Moody's. Xavier Ragot, président de l'OFCE, espère quant à lui que la notation ne changera pas avant la présidentielle, souhaitant voir une clarification des débats économiques qui devraient émerger de cette période.







